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11/04/2007

Une grande coalition ? Non, merci

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L'éditorial de Stéphane Marchand, directeur adjoint de la rédaction du Figaro. 

Le premier tour de la présidentielle approche et certains nous jurent que les Français sont las de l'alternance, qu'ils ne croient plus au clivage gauche-droite, voire qu'il n'existe plus ni droite ni gauche. La République serait devenue un théâtre donnant interminablement la même pièce, jouée tantôt par les uns, tantôt par les autres. Ces thuriféraires d'une politique « apaisée » se prennent même à rêver d'une « grande coalition » dans laquelle gauche et droite géreraient ensemble le pays sous l'oeil débonnaire d'un président venu du centre. On connaît la chanson : les grands partis de gouvernement enterrent la hache de guerre et réforment ensemble, main dans la main, leur pays malade de la crise.

Une grande coalition ? À ceux que tenterait l'expérience, on recommandera de regarder vers l'Est. Il ne se passe pas une journée sans qu'Angela Merkel, la chancelière d'Allemagne, ne regrette que le score électoral médiocre de novembre 2005 ait contraint sa CDU chrétienne-démocrate à gouverner avec les socialistes du SPD. Certes, l'Allemagne se porte plutôt bien, mais cette coalition trop lourde n'y est pas pour grand-chose. Si la croissance des pays émergents fait exploser les exportations allemandes, c'est parce que l'économie commence à toucher les dividendes des réformes lancées par Gerhard Schröder, le chancelier socialiste qui avait eu le courage de baisser les salaires pour raviver la compétitivité du « made in Germany ».
Les Allemands sont des pragmatiques qui ont inventé la cogestion, c'est-à-dire le dialogue social constructif. Malgré cela, ils ressentent la « grande coalition », les sondages en témoignent, comme un attelage inefficace et hypocrite. Sur de grandes questions comme la fiscalité, l'avenir du nucléaire civil, la présence de la Bundeswehr en Afghanistan ou le déploiement en Europe centrale du bouclier antimissile américain, les deux partenaires sont profondément divisés, mais ils sont priés, au nom de la discipline de coalition, de masquer ces tensions. Tant pis pour la transparence démocratique ! Dans un pays pourtant bien plus porté sur le dialogue politique que la France, le pouvoir partagé n'a pas apporté le consensus, mais la confusion et la frustration.
Quant aux partisans d'une « grande coalition » à la française, ils font semblant de croire que les réformes dont le pays a impérativement besoin jailliraient comme par miracle si on piochait les « meilleurs » de droite et de gauche pour les faire plancher ensemble. C'est un leurre. Les Français savent fort bien quelles sont les décisions à prendre pour que le pays retrouve à la fois sa place, ses esprits et sa personnalité face à la mondialisation. Certains électeurs hésitent simplement devant l'effort économique et social à consentir.

Le 22 avril, il faut que le choix soit clair entre le courage d'évoluer - qui comporte évidemment des risques - et l'immobilisme déguisé en « nouvelle politique ». Les politiciens qui voudraient priver les électeurs de ce salutaire « choc de civilisations » disent plaider pour une France apaisée. En réalité, ils nous font prendre le risque d'une République neutralisée.

Source : Le Figaro, Débats et Opions.  

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