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12/04/2007

Alliot-Marie : 'Il faudra donner très vite un signal de la volonté de changement'

Le ministre de la Défense dénonce les ambiguïtés de la campagne de François Bayrou.

LE FIGARO. - Comment jugez- vous la campagne de Sarkozy ?

Michèle ALLIOT-MARIE. - Je suis d'abord heureuse de l'intérêt des Français pour cette élection. Je me réjouis ensuite de voir Nicolas Sarkozy mener une campagne de proximité et de terrain qui lui permet d'écouter les Français et de dialoguer avec eux, mais aussi tenir une série de grands discours thématiques.

Il est le seul de tous les candidats à intégrer la dimension des relations internationales, qui est et sera de plus en plus déterminante pour la place de la France dans le monde, ses atouts dans la mondialisation, sa capacité d'action. La candidate socialiste évite le sujet. Peut-être cela vaut-il mieux, d'ail­leurs, quand on voit le nombre d'erreurs qu'elle commet. Il y a quelques jours encore, elle parlait du régime taliban en Afghanistan alors qu'il n'est plus au pouvoir depuis 2001. Quant à François Bayrou, ce thème apparemment le gêne. Il ne parle plus de sa volonté d'une Europe supranationale et fédérale, qui est pourtant la seule conviction politique qu'il a développée sans discontinuer depuis vingt ans. A-t-il changé d'avis ? A-t-il peur d'effrayer les électeurs ? Je ne sais pas.

Nicolas Sarkozy doit-il davantage associer les personnalités de l'UMP à sa campagne ?

Pour convaincre, il nous faut occuper le terrain. Les voix s'arrachent une à une. Pour ce faire, notre candidat n'a pas besoin de clones, ou de gens en permanence à côté de lui sur les tribunes. Il a besoin de personnalités complémentaires. Pour ma part, je fais un meeting chaque soir. J'y développe mes convictions issues du gaullisme de renouveau. En femme libre de mes propos, de ma propre pensée. Je me sens d'autant plus libre et à l'aise dans cette campagne que Nicolas a désormais fait siens la plupart de mes thèmes.

Au second tour, Sarkozy devra- t-il aller chercher en priorité les voix de Jean-Marie Le Pen ou celles de François Bayrou ?

Nul n'est propriétaire de ses voix. Un leader politique peut toujours faire des recommandations, les électeurs vont vers celui qu'ils estiment le mieux à même de répondre à leurs aspirations. Si les socialistes voient le président de la République comme celui du peuple de gauche, nous, nous considérons qu'il est le président de tous les Français. Nous parlerons donc aux Français, à tous les Français, qu'ils aient voté Le Pen, Royal, Bayrou ou même Besancenot au premier tour.

François Bayrou peut-il se qualifier pour le second tour ?

Le candidat centriste perd du terrain. Dans un premier temps, il a critiqué tout et tout le monde, avec parfois des accents popu­listes : cela a plu à ceux qui avaient des reproches à faire à la droite ou à la gauche. Mais il est vite apparu comme contradictoire. Il critique vingt ans d'un supposé « système » auquel il a pleinement participé comme élu, comme ministre et comme chef de parti. Il se pose en homme du terroir, mais j'ai l'impression qu'il a passé depuis vingt ans plus de temps à l'arrière de sa voiture de ministre ou de président du conseil général que sur le siège de son très médiatisé tracteur. Je comprends que des électeurs authentiquement centristes, dont les valeurs sont sur de nombreuses questions proches des nôtres, soient perplexes et n'aient pas envie d'être instrumentalisés au profit des socialistes.

Être au pouvoir depuis cinq ans, est-ce un atout ou un handicap pour l'UMP ?

L'UMP est de loin le parti le plus apte à gouverner et à agir vite. Elle en a les hommes et les femmes, à la fois ceux qui ont de l'expérience du gouvernement ou du Parlement, et ceux qui représentent un renouveau. Les socialistes flottent entre un programme voté par tous et une candidate qui hésite perpétuellement entre s'y accrocher ou s'en détacher. François Bayrou, lui, est tout simplement dans l'incapacité d'agir. Il critique mais n'a pas de projet concret. Il promet un gouvernement composé de socialistes et d'UMP. Mais comment pourrait-il gérer dans une même équipe quelqu'un qui veut assouplir les 35 heures et un autre qui veut les généraliser ? Il dit avec un certain mépris que les soutiens viendront automatiquement en cas de vic­toire. Donc il s'appuierait sur des hommes renonçant à leurs convictions pour obtenir un poste ! Ce n'est pas le souhait des Français.

Que devra faire Nicolas Sarkozy au lendemain d'une victoire ?

Après avoir gagné la présidentielle, il faudra s'assurer une majorité. Donc gagner les élections législatives. Cela suppose la nomination d'un premier ministre qui agisse en confiance avec le président et sache aussi être une valeur ajoutée, pour lui et pour conduire avec dynamisme la campagne électorale. Dans le même temps, il faudra très vite donner un signal fort de la volonté de tenir les engagements du président de la République, pour rendre confiance aux Français. La méthode de gou­vernement devra mettre en oeuvre détermination sur les objectifs, ouverture et écoute dans l'éla­boration des solutions et résolution dans la mise en oeuvre des décisions.

Avez-vous des regrets de ne vous être finalement pas lancée dans la course à la présidentielle ?

Quand j'ai pris une décision, je me projette exclusivement et sans regrets dans l'avenir. Aujourd'hui, je veux faire gagner Nicolas Sarko­zy et ma famille politique.

Où vous voyez-vous après une victoire de Sarkozy ? À Matignon, au gouvernement, à la présidence de l'Assemblée nationale ou à la tête de l'UMP ?

Ce n'est pas l'heure de ces questions. La priorité, c'est de gagner l'élection. Pour la suite, quand on a eu une expérience aussi complète que la mienne, on a évidemment envie de la mettre au service de la France. Le gouvernement est, bien sûr, un des lieux privilégiés de l'action, même s'il n'est pas le seul. Je n'ai pas épuisé les charmes de l'action.

Propos recueillis par CLAIRE BOMMELAER et GUILLAUME TABARD

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