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23/04/2007

Pourquoi les atouts de la France n'ont jamais été aussi forts qu'aujourd'hui

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Par Karine Lisbonne de Vergeron, chercheur associé à Chatham House, Londres.

Pour beaucoup le pessimisme domine la scène française. Le nouveau chef d'État qui sera élu au second tour devra sans nul doute, au lendemain du 6 mai, répondre aux difficultés aux­quelles la France est confrontée, en particulier sur le plan écono­mique, pour retrouver un nouvel élan. La situation générale est-elle pourtant si ­sombre ?

Sur le plan international, la présence américaine si longtemps dominante sur la scène mondiale, est aujourd'hui fébrile. Conséquence directe de la crise de la guerre en Irak, pour la ­pre­mière fois depuis plus d'une génération, les États-Unis entrent aujourd'hui dans une période de repli potentiel.Nous aurions tort de ne pas prendre la mesure de ce chan­gement. Car la globalisation à l'américaine est remise en cause par l'émergence de l'Inde ou l'ombre d'une Chine qui finance près du tiers du déficit américain par le placement de ses réserves en bons du Trésor, une fragilité évidente dans un contexte de diminution du poids du dollar dans les réserves chinoises.

De fait, cette position de retrait relative sur l'échiquier mondial remet à jour l'enjeu et l'ambition d'une politique européenne de la défense sérieuse, pour laquelle la France, seule puissance de dissuasion nu­cléaire indépendante en Europe, possède un atout maître, quand, par exemple, l'opinion publique britannique est de plus en plus sceptique vis-à-vis de la relation spéciale d'interdépendance entre Londres et Washington.

Sur le plan de la politique étrangère, la France, par ses liens historiques, bénéficiera également d'une position centrale au niveau européen sur la question cruciale du Moyen-Orient. Ou encore par sa position stra­­té­gique d'une force d'initiative unique pour proposer une union méditerranéenne.

Par ailleurs, l'économie européenne, dont la performance a été longtemps critiquée face à ­celle des États-Unis, affiche au­jourd'hui un début de reprise.

En mars 2007 et pour la première fois depuis la Première Guerre mondiale, les valeurs boursières européennes ont dépassé, à plus de 11,819 milliards d'euros, la capitalisation des valeurs américaines.

Fin 2006, le taux de croissance de la zone euro avait ­dépassé pour la première fois depuis 2000 celui de la Grande-Bretagne et des États-Unis. Signalons également le renforcement des échanges allemands avec les nouveaux États membres de l'Union eu­ropéenne, ou, par exemple, l'Ukraine.

Le commerce extérieur de l'Allemagne se ­détourne aujourd'hui des États-Unis, un phénomène de convergence vers ce que d'aucuns appellent son Hinterland, qui rend d'autant plus crédible à moyen terme la vision française d'une Europe comme bloc économique régional sur le plan international. Et sur la question clé d'envisager à terme pour la zone euro une structure de ­coordination sur le plan fiscal et le développement d'une gouvernance stratégique, il est clair que le prochain président de la se­conde puissance de la zone euro aura aussi dans la main une carte majeure à jouer.

Dans le contexte d'une nouvelle économie mondiale dominée par la question environnementale ou celle des approvisionnements énergétiques, la France possède aujourd'hui un avantage concurrentiel dans de nombreux secteurs, en particulier celui de l'éner­gie d'origine nucléaire.

Un pays comme la Grande-Bretagne, ou l'Allemagne qui l'avait partiellement abandonné, envisage actuellement, inspiré par le modèle français, de réinvestir dans le nucléaire et on ne peut contester l'intérêt, certain, outre sa qualité de ne pas contribuer au réchauffement climatique, qu'il représente en termes d'indépendance énergétique française.

À cet atout, s'ajoute la position dominante de la France dans le secteur de l'agriculture, qui reprend en force grâce no­tamment à l'augmentation de la demande mondiale face à la croissance globale de la popu­lation. Et, sans conteste aussi, grâce à la nécessité de l'énergie verte qui constitue un débouché majeur pour les agriculteurs, une opportunité pour la France, avec un objectif de consommation porté à 10 % en 2020 pour l'Union européenne, alors que le commerce des biocarburants fait déjà partie des négociations internationales.

En regard, plusieurs experts britanniques estiment que, si la France se doit de faire face à la question cruciale de la relance de l'emploi, la Grande-Bretagne en 1979, avant sa période de réforme, était dans une situation bien pire que la France ne l'est aujourd'hui : la force de Mme That­cher avait été avant tout de redonner confiance en la Grande-Bretagne.
Et il est clair que sur le plan mondial, la France reste une économie compétitive, par exemple dans le secteur des industries de haute technologie, de l'industrie du luxe - avec près d'un tiers du marché mondial -, ou encore dans le secteur touristique, avec le plus grand marché au monde en termes de nombre de visiteurs, 77 millions en 2005.

Vu de Londres, The Economist titrait le 14 avril dernier : « La chance de la France, le cas de Nicolas Sar­kozy. » Car outre-Manche, pour de nombreux commentateurs, il est de fait le seul candidat à avoir montré qu'il croyait aussi aux forces de la France.

Franklin Roosevelt avait pu rappeler lors de son entrée en fonction à la présidence, que ce que l'on doit craindre avant tout, c'est la crainte. Et en pratique, les cartes réelles de la France sont aujourd'hui plus fortes qu'elles ne l'ont été depuis longtemps, et peut-être depuis le début de la Ve République.

* Chercheur associé à Chatham House, Londres.

Source : Le Figaro

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