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07/05/2007

Réactions à l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République

Nicolas Sarkozy le 6 mai 2007 au soir de sa victoire à la présidentielle, salle Gaveau à Paris

L'homme de son temps

Par Michel Guénaire, avocat et écrivain. Tribune parue dans le Figaro de 07/05/07.

Nul ne devient l'homme de son pays s'il n'est l'homme de son temps. La France a choisi dimanche cet homme. Lasse de gouvernants qui n'avaient cessé d'avouer leur impuissance, elle s'est tournée vers celui qui lui offrait son énergie. L'élection de Nicolas Sarkozy est moins la victoire d'un parti sur un autre que la rencontre du pays avec son plus parfait contemporain.

La France voulait un tel homme. Elle le voulait d'abord pour dépasser un certain profil de gouvernants, considérant les électeurs comme des administrés et incapables de comprendre les intérêts profonds du pays. Elle le voulait ensuite pour rompre avec une pensée unique, renonçant aux valeurs de sa culture et choisissant le relativisme culturel mondial. Elle le voulait enfin pour retrouver la voie d'un destin, rappelant à partir de l'intégration républicaine les règles d'une vie commune dans la nation.

Nicolas Sarkozy ne sera pas George Bush. La France veut une révolution néoconservatrice, mais ne veut pas suivre le modèle qui l'a inspirée. Elle désire retrouver son propre génie en se réappropriant une maîtrise de son destin, comme l'ont fait les néoconservateurs américains avec leur propre destin. C'est l'heure de vérité des nations. Jusqu'où pouvait aller une mondialisation pensée comme un effacement des tempéraments historiques ?

Depuis plusieurs années, nous fûmes plusieurs à appeler à une refondation intellectuelle et morale qui procède d'une nouvelle méthode de l'action politique. Qu'attend-t-on du pouvoir ? Une autorité, une efficacité et une exemplarité. Gouverner n'est pas suivre la mode d'un jour, mais remplir un devoir d'engagement au nom d'une préparation. Gouverner, c'est agir pour faire triompher l'action. Gouverner, enfin, c'est tenir une conduite qui repose sur la valeur personnelle, l'éducation, l'exemple.

Nous fûmes aussi plusieurs à croire aux atouts de notre pays : un rôle de l'État qui contrôle les dérèglements du marché, la loi du Parlement qui encadre le particularisme des contrats, un sens de la solidarité nationale qui domine les excès de l'individualisme. Contre les déclinologues, nous fîmes ainsi le pari que le modèle de développement inscrit dans l'expérience historique de la France pouvait corriger la nouvelle société de violence engendrée de la marche du monde.

Une période de l'histoire de notre pays s'achève. La classe politique, droite libérale et gauche socialiste confondues, a malmené depuis plus de vingt-cinq ans le vieux corps social français. Elle n'a pas su mesurer l'inversion des paradigmes ou des priorités dans le développement des sociétés modernes, car les nations recherchent désormais les repères de leur développement dans le chaos du monde. L'action politique doit être nourrie du besoin de changement, mais ne plus se départir des caractéristiques du développement des nations. Peut-on gouverner les peuples contre leur histoire ?

Il fallait essayer un gouvernement volontaire, ardent, responsable de ses choix. Pour la période qui vient, personne ne peut redouter le bénéfice à tirer d'un tel gouvernement. Le pays renoncerait lui-même à son temps s'il renonçait au gouvernement de son temps. Dans cinq ans, le pays jugera.

Le contrat

La chronique d'Alain-Gérard Slama parue dans le Figaro de 07/05/07.

Que Nicolas Sarkozy ait accédé à l'Élysée avec une telle avance, en dépit des hostilités et des inquiétudes que son discours a suscitées jusque dans son propre camp, voilà qui force l'admiration, mais qui n'étonne pas de la part d'un candidat doué d'une telle volonté et d'une telle énergie. Ce qui surprend davantage est que le peuple Français ait avalisé, de façon aussi franche et massive, des thèmes de campagne aussi audacieux que la revalorisation du produit du travail, le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partis à la retraite, le service minimum dans les transports publics, la défiscalisation des heures supplémentaires ou encore la suppression de l'impôt sur les successions et le « bouclier fiscal ».

Entre les deux tours, les observateurs qui croient connaître les Français, notamment les journalistes étrangers qui se sont passionnés pour cette campagne comme Jane Kramer dans le New Yorker du 23 avril, pensaient que, même en tenant compte de ses concessions au modèle de la « flexisécurité » à la scandinave, le candidat de l'UMP aurait du mal à vaincre avec des objectifs économiques aussi libéraux. Or, si diverses que soient les motivations de ses électeurs, la formidable surprise vient de ce qu'une majorité s'est exprimée en faveur d'un projet libéral dont le candidat a dit et redit, sans que nul ne puisse l'ignorer, qu'il avait l'intention ferme de le réaliser. Entre le nouveau chef de l'État et le pays, un contrat vient d'être passé, et l'effondrement des extrêmes de droite et de gauche vient de lui offrir une nouvelle marge de manoeuvre dont tous ses prédécesseurs, même Valéry Giscard d'Estaing, avaient été privés.

En 1974, le successeur de Georges Pompidou avait à compter avec un mouvement gaulliste qui était loin d'être libéral et surtout avec un parti communiste puissant. Jacques Chirac a été paralysé en 1995 par la protestation massive de la rue contre les réformes d'Alain Juppé et en 2002 par les conditions improbables d'un second tour face à Le Pen : cette situation faisait de lui l'élu de la gauche autant que de la droite, et elle le condamnait à conduire une politique de prudence hantée par la crainte d'aggraver la « fracture sociale ». Par rapport à VGE et à Chirac, Nicolas Sarkozy a devant lui un boulevard, dont il a eu l'habileté et le courage de se donner, au préalable, les moyens.

Cela ne signifie évidemment pas que l'équation à résoudre soit simple pour lui. Durant la campagne, celui-ci a eu, face à François Bayrou et à Ségolène Royal, la sagesse de se faire le gardien des institutions bipolaires auxquelles le pays est viscéralement attaché. Il a vérifié que la fracture sociale ne coupe pas le pays en deux, mais en une multiplicité de fractions. Pour refaire l'unité de la nation, il lui faut réconcilier, d'un côté les catégories sociales supérieures, créatrices de richesses et d'emplois, qui demandent à l'État de garantir l'ordre et de leur laisser la liberté de négocier et d'entreprendre, et de l'autre les vaincus de la mondialisation, qui ont voté « non » au référendum européen, et qui exigent à la fois plus de redistribution et davantage de protection.

Pour répondre à ces demandes contradictoires, il a besoin des classes moyennes, qui ont compris l'impasse où les conduisait l'abus de l'État providence, mais que divise, par peur de tout conflit, le démon du repli sur soi. Or s'il est vrai que l'économie de marché n'est pas transposable aux règles qui régissent la société, la liberté, elle, qu'elle soit politique ou économique, ne se divise pas. À l'opposé de ce que Ségolène Royal se proposait de faire, le nouveau président ne devra pas craindre de réinjecter du conflit contre toutes les revendications corporatistes qui bloquent les réformes et contre toutes les revendications ethniques, religieuses ou identitaires qui s'opposent au respect de la volonté générale, afin d'atteindre son but, qui est, à l'évidence, de réconcilier la devise républicaine avec la croissance.

Commentaires

Première semaine

Il ne s’agit pas ici d’évoquer la soirée électorale du nouveau Président, ni ses quelques jours de vacances qui ne sont au final qu’une faute de gout qu’il aurait été préférable d’éviter, mais plutôt la façon dont les choses se déroulent depuis jeudi.

Notre Constitution précise dans son article 8 que le Président nomme les membres du gouvernement autres que le Premier Ministre sur proposition de ce dernier. Il semblerait que, même si François Fillon est associé aux discussions, les tractations soient menées par le Président en personne.

Par ailleurs, Nicolas Sarkozy séjourne ce week-end à «La Lanterne», résidence habituelle du Premier Ministre. Après plusieurs mois de campagne basés sur l’image et les symboles, il parait légitime de rechercher un sens à ce séjour.

Enfin, la Constitution prévoie (Art. 20) que «le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation». C’est pourtant le nouveau Président qui va recevoir les syndicats lundi et mardi.

Autant de signes, comme le laissait présager la campagne électorale, qui feraient que nous n’aurions pas élu un Président de la République, mais un Super Premier Ministre…

Et si le Président, accaparé par la politique intérieure, ne remplissait plus ses fonctions au sens de la «Loi Fondamentale», il ne faudrait surtout pas que quelqu’un s’imagine reprendre le rôle trop rapidement. Pour cela, on réformera les statuts de l’UMP afin de s’assurer qu’elle demeure un «Fan Club», et ne remplisse surtout pas le rôle prévu par le texte de 1958 («Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie» - Art. 4).

J’ai heureusement, pour me rassurer, écouté Patrick Ollier mercredi dernier, à la Bodega Républicaine de Jean-Pierre Grand («POM» était, plus tôt dans l’après-midi, allé soutenir Robert Lecou sur sa circonscription), nous expliquer qu’une réforme constitutionnelle n’était absolument pas nécessaire, qu’il suffisait de revenir à de meilleures pratiques.

Et parce que le Président de l’Assemblée Nationale ne se déplace pas au hasard, je sais aussi que parmi les 577 élus du 17 juin, nombreux seront ceux qui sauront résister à toute dérive institutionnelle.

Écrit par : Républicain | 13/05/2007

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