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19/05/2007

Desservir la France

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En Juillet 2004, Maurice Druon, membre de l'Académie française et gaulliste historique écrivait une tribune contre François Bayrou et son projet politique, trois ans plus tard cette tribune garde une certaine actualité.

Le Figaro, lundi, 26 juillet 2004

Desservir la France

Par Maurice Druon, de l'Académie française. 

M. François Bayrou, personnage secondaire et destiné à le rester, n'est remarquable que par sa persévérance à desservir les intérêts supérieurs de la France. Il possède éminemment ce que les Anglais désignent par l'expression de nuisance value, la valeur de nuisance.

A quel moment l'image qu'il a de lui-même a-t-elle commencé de lui brouiller le jugement ? Voilà un Béarnais, fils d'agriculteur, qui, doué pour les études, devient agrégé de lettres classiques. A vingt-huit ans, il fait ses premiers pas en politique en entrant au cabinet de M. Méhaignerie, ministre de l'Agriculture. Il adhère du même coup à la formation centriste que créa Giscard d'Estaing pour servir à son élévation personnelle. Cette formation, qui aura participé à renverser le général de Gaulle en 1969, deviendra l'UDF.

M. Bayrou s'y installe et y prospère. Il est élu conseiller général dans son département natal, puis conseiller régional. Conseiller, il l'est aussi de M. Pierre Pfimlin, à la présidence de l'Assemblée européenne. M. Pfimlin était un excellent homme à tous égards, qui exerça avec droiture des fonctions très élevées. Il n'avait qu'un défaut : il était centriste, c'est-à-dire que, comme tous les centristes, il se trompait sur la hiérarchie des valeurs.

On lui doit d'avoir fait perdre à Paris d'être la capitale de l'Europe. En effet, il était entendu entre Adenauer et de Gaulle que les institutions de la Communauté européenne auraient leur siège à proximité. Un grand ensemble serait construit en proche région parisienne. Là-dessus, Pfimlin, alsacien, intervient en clamant : « Strasbourg, Strasbourg... le lien entre la France et l'Allemagne, entre les deux cultures... la réconciliation... Strasbourg ville symbole ! » Pouvait-on insulter l'Alsace ? On remisa le projet parisien.

La démarche procédait d'un bon sentiment, mais d'une erreur de jugement.

Paris, grande métropole des arts et des affaires, en même temps que centre international de communications, avait tous les attraits pour les députés, les diplomates et les fonctionnaires européens ; Strasbourg, belle mais provinciale, avec des divertissements limités et surtout mal desservie, obligeant à des changements d'avion pour atteindre son aérodrome souvent embrumé, n'exerça que peu de charmes sur la nouvelle population communautaire. Si les sessions mensuelles du Parlement à quel coût et pour combien de temps ? continuent de s'y tenir, tout le reste, commissions et services, s'est installé à Bruxelles et c'est Bruxelles qui est devenue la capitale administrative de l'Union.

Revenons à M. Bayrou qui poursuit un parcours politique assez habituel. Élu député, il montre assez vite un appétit ministériel en se faisant des problèmes de l'enseignement une spécialité. Il fonde et préside un groupe permanent de lutte contre l'illettrisme. Louable programme. Le malheur veut que, le temps qu'il fut ministre de l'Éducation nationale, l'illettrisme ne cessa d'augmenter et le niveau général des études de baisser. Est-ce durant cette période que se produit en lui une dilatation un peu excessive de l'ego ?

On dit, on raconte qu'il réveilla une nuit les membres de son cabinet, les convoquant d'urgence au ministère, pour les consulter sur une vision qu'il venait d'avoir de son avenir présidentiel. L'anecdote a couru avec trop d'insistance pour qu'il n'y ait pas, à son origine, quelque réalité.

Pourquoi suis-je à m'arrêter si longtemps sur M. Bayrou, alors que nous avons des soucis qui semblent de plus d'importance ? C'est parce que, non content de mettre du désordre dans notre politique intérieure, il agit en ce moment au contraire des intérêts de la France dans le Parlement européen.

M. Bayrou est candidat à la présidence de la République, on le sait. Il l'a fait savoir urbi et orbi, et l'obstination étant dans sa nature, il y a tout à penser qu'il le sera à vie. Il s'est d'ailleurs présenté en 2002 et arrivé dans la queue du peloton, 6,8 %, il a aussitôt revêtu le maillot au dossard marqué 2007.

Assurant faire partie, à l'Assemblée nationale, de la majorité afin de garder son électorat, il tient son groupe parlementaire à la lisière, sous le prétexte de refuser la caporalisation ; il ne cesse de critiquer l'action du gouvernement, avec souvent les arguments de l'opposition, et ne vote pour lui que du bout des doigts, quand il ne s'abstient pas, attendant visiblement sa chute. Belle logique politique ! C'est ce que M. Bayrou appelle cultiver sa différence. A bénéficier d'un si grand soutien, on en vient à préférer des adversaires.

Son programme ? Il n'est fait que de mots usés et de formules devenues creuses à force d'avoir trop servi. On se croirait revenu à « la République plus juste, plus humaine » d'il y a trente ans. Tout vieillit, même la démagogie.

Aux récentes élections régionales, en lançant partout ses propres listes, il a fait perdre à la droite bon nombre de sièges qu'elle eût conservés si elle s'était présentée unie, et il a contribué aux victoires locales des socialistes, ce qui, avec la décentralisation en cours, ne sera pas sans conséquences. Mais c'est au nouveau Parlement européen qu'il devient le plus dangereux.

Les Français s'intéressent peu leur faible participation à la dernière consultation européenne le prouve au fonctionnement des institutions de l'Union. Ils ont tort. Car leur avenir se préfigure là-bas, à Strasbourg, à Bruxelles, à Luxembourg. La place et l'influence de la France, pour les années qui viennent, s'y dessinent.

Il n'est pas inutile de savoir que depuis la première élection au suffrage universel, en 1979, le Parlement européen est dominé par deux grands groupes, le PPE (Parti populaire européen) et le PSE (Parti des socialistes européens). C'est entre eux deux que les plus graves sujets se débattent et que les plus importantes fonctions se distribuent. Les autres groupes ne font guère que de la figuration.

Le PPE, fondé par les grandes familles démocrates-chrétiennes d'Allemagne, du Benelux, de l'Italie et de France, s'est progressivement élargi à tous les principaux partis laïcs, centristes et conservateurs d'Europe : Nea Democratia grecque, Partito Popular espagnol, conservateurs britanniques, droite portugaise, UDF française, quand M. Bayrou en était le secrétaire général en 1992, RPR en 1999, UMP depuis 2002. Sa mouvance s'étend désormais à tous les nouveaux membres de l'Union, de la Pologne à la Slovénie et de la Hongrie aux États baltes.

Le PPE a joué un rôle déterminant dans la conception et l'adoption de la Constitution européenne, à laquelle on peut trouver maints défauts ou insuffisances, mais dont il ne faudra pas oublier, lorsqu'elle sera soumise à référendum, qu'elle est indiscutablement inspirée par la vision française et du droit, et de l'Europe.

Grand vainqueur des dernières élections, avec 268 élus de vingt-cinq pays de l'Europe élargie, le PPE a montré sa force en imposant bel et bien aux chefs d'État et de gouvernement la désignation d'un président de la Commission européenne issu de ses rangs, le très francophone Portugais José Manuel Barroso.

Le PPE défend un certain nombre de principes qui sont l'Europe des États, la tradition humaniste, l'économie au service des hommes, la primauté de la culture sur le marché et de l'esprit sur le commerce. Telles sont les orientations générales.

Dans les cinq ans qui viennent, le nouveau Parlement va avoir de plus en plus à légiférer, législation qui, en beaucoup de domaines, il faut bien se le mettre dans la tête, a priorité sur les législations nationales.

Or, c'est le moment qu'a choisi François Bayrou pour claquer la porte du PPE et enjoindre aux élus de ses listes UDF de s'agripper au groupe des libéraux, formation nettement fédéraliste, qui a pour credo la libre concurrence et le laisser-faire dans l'économie comme dans les mœurs. Le rejet de notre conception du service public je dis bien conception et non : fonctionnement , le droit pour les homosexuels d'adopter des enfants et l'admission de la Turquie figurent pêle-mêle dans la plate-forme électorale de ces libéraux auxquels M. Bayrou vient apporter son concours.

La raison ? On la cherche et, hormis la volonté de « marquer sa différence », on n'en voit pas.

Le prétexte ? Le grand Parti populaire européen trahirait l'idéal des « pères fondateurs » de l'Europe en acceptant dans son sein les conservateurs britanniques. Ils étaient pourtant déjà là, ces « eurosceptiques », dans l'assemblée précédente, et M. Bayrou ne rougissait pas de s'asseoir à côté d'eux, quand leur vote permettait à une des élues de sa liste, Mme Nicole Fontaine, d'accéder à la présidence du Parlement.

Dans une institution où se retrouvent les représentants d'un continent de 450 millions d'habitants, l'influence se mesure au nombre et se pèse en sièges. Avec la réunification de l'Allemagne, nous avons perdu l'avantage de la plus forte population. Le nombre de nos députés s'en est trouvé réduit. Plus ils seront groupés, mieux nous serons entendus.

Les députés français, dans le parti majoritaire de l'assemblée sortante, occupaient en nombre le deuxième rang, aussitôt après l'Allemagne. Grâce à la défection de M. Bayrou, nous sommes tombés au sixième, après les Allemands, les Anglais, les Espagnols, les Italiens, les Polonais. De vingt-huit que nos députés devraient être, ils ne sont que dix-sept. L'effet s'est aussitôt fait sentir, dès cette semaine, dans la composition des commissions. Plusieurs grands postes, auxquels nous pouvions prétendre, nous ont échappé. Tout le monde attendait que le général Morillon, à qui son auréole de héros de la Bosnie, son expérience, ses compétences ont fait prendre grande figure au Parlement européen, fût porté à la présidence de la commission des affaires étrangères. Tout l'y désignait. Parce qu'il est un élu de l'UDF, c'est d'extrême justesse que lui a été accordée la présidence de la commission... de la pêche.

Quel gâchis ! Et tout à l'avenant. Ceux qui se tiennent autour de François Bayrou par intérêt de carrière, comme ceux qui y restent par loyauté personnelle, s'exposent, les uns comme les autres, à connaître de graves mécomptes.

Je n'ai en politique d'autre critère que les services rendus au pays.

Le prince de Talleyrand disait : « Faute de richesse, une nation n'est que pauvre ; faute de patriotisme, c'est une pauvre nation. »

 

© 2004 Le Figaro. Tous droits réservés.

Commentaires

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Écrit par : Doletoisins | 18/11/2011

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