Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/06/2007

PS : pourquoi cette impuissance

L'image “http://www.communautarisme.net/photo/493902-604384.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

La chronique d'Alain-Gérard Slama, Publiée dans Le Figaro du 11 juin 2007

Que le PS soit paralysé par sa défaite, ses divisions, ses guerres de chefs et son incapacité d'adapter la doctrine socialiste à la mondialisation est une évidence dont chacun, même les socialistes, est conscient. Mais la droite n'est pas moins divisée, pas moins incertaine de la conduite à tenir face à la mondialisation.

L'impuissance du PS a une autre cause, bien plus décisive. Elle tient au fait que celui-ci s'est privé des moyens de contrer le programme de M. Sarkozy et les premières décisions du gouvernement actuel, alors que les droites ont été unanimes à s'unir, sinon en faveur d'une politique, au moins contre la gauche, sa vision du monde et son bilan. Ce qui manque en effet à la gauche, pour opposer mesure contre mesure, choix de société contre choix de société, est son incapacité, vieille comme le socialisme français, de s'accorder au préalable sur une doctrine de l'État. 

À droite, si nombreux que soient les points de friction entre les gaullistes, les libéraux et les nationalistes dont M. Sarkozy a tenu tour à tour le discours, la conception républicaine de l'État, héritée de l'Ancien Régime, est le lien qui fait l'unité. Certes, ses limites et ses compétences varient selon les sensibilités et selon les analyses de la contrainte mondiale, mais son rôle de garant, tout ensemble, des libertés individuelles et de la continuité et de l'unité de la nation n'est remis en cause par personne. Le voisinage de bureau du président de la République et de M. Guaino, grand prêtre du « souverainisme », le souligne avec éloquence.
 
Pour reprendre une typologie chère à Stanley Hoffmann (1), les familles politiques de la droite ne contestent ni l'efficacité de l'État dans la gestion des problèmes soulevés par la mondialisation, ni son autorité, que la logique du contrat de programme ranimée par M. Sarkozy vient de conforter, ni sa légitimité politique, considérée comme autonome par rapport aux pressions économiques et à la sphère privée, ni sa capacité de faire progresser l'égalité en rompant, au besoin, avec le conservatisme des avantages acquis pour assurer le primat du travail et du mérite. Ce sont là les quatre piliers sur lesquels la politique du gouvernement Fillon peut s'appuyer.

C'est sur eux que se sont opérés les ralliements. On peut penser, par exemple, que l'adhésion de M. Kouchner a été préparée depuis longtemps par sa prise de conscience du fait que la politique étrangère de la France n'appartient pas aux acteurs de la société civile, mais au chef de l'État, garant de l'intégrité de la nation. Quant à M. Bayrou, qui appartient à la droite en dépit de sa posture d'opposant, son projet initial de renforcer les pouvoirs du président de la République par rapport à ceux du premier ministre témoigne d'un attachement presque excessif au modèle fondateur. On ne saurait exclure qu'il finisse par découvrir le fossé qui le sépare des socialistes et qu'on le retrouve ministre d'État à l'occasion d'un remaniement futur. 

En regard, le PS n'a, sur aucun de ces termes, aucune doctrine assurée. Contrairement à une idée reçue, le principal facteur qui le divise n'est pas la reconnaissance du capitalisme et des lois du marché - opposées à la « société de marché » ; ce n'est pas non plus l'adhésion au modèle social social-démocrate et à ses évolutions récentes, du moins dans les pays du Nord : sur ce terrain, sa rupture avec le marxisme est acquise, même si, à la différence du SPD allemand, le divorce n'a jamais été formellement proclamé.

En revanche, sur la question centrale, qui est celle du rapport entre l'État et la société, l'héritage marxiste est resté lourd de conséquences. Il se traduit par l'incapacité de penser le rôle de l'État autrement que dans les termes du tout ou rien. Le prix en est la négation plus ou moins radicale, terme pour terme, des quatre piliers sur lesquels s'accordent les droites.  

C'est la contestation de l'efficacité de l'État, si celui-ci ne s'enferme pas dans un néocolbertisme économique ; c'est, a contrario, le rejet de son autorité s'il ne se dissout pas dans la société civile, selon les vues qui ont dominé la campagne de Ségolène Royal ; c'est la négation de sa légitimité, s'il ne substitue pas les droits des minorités, supposés incarner les intérêts des plus faibles, à la « force injuste » de la loi majoritaire, censée incarner les seuls intérêts des plus forts ; c'est enfin la contestation de toute politique d'égalité menée par l'État, si celui-ci ne se donne pas pour horizon de guider les « parcours individuels », du berceau à la tombe.

De là l'effrayant silence du PS pendant la campagne des élections législatives. Au point qu'on se demande parfois si la seule opposition au pouvoir actuel ne devra pas venir de sa majorité même. Il est clair que le Parti socialiste français ne pourra participer au débat bipolaire ni oeuvrer à une alternance constructive aussi longtemps qu'il subordonnera la critique des décisions du gouvernement à ses éternelles objections préjudicielles sur la place et la fonction de l'État. Les électeurs pourtant lui ont donné mandat d'être cette force d'opposition, en éliminant le 6 mai les idéologies extrêmes. Les résultats du premier tour des élections législatives donnent la mesure de leur déception et, compte tenu du nombre des abstentions, c'est notre vie politique toute entière qui en fait les frais.

1) Voir le très riche recueil Réformer la France. Textes choisis, 1997-2007 de la revue libérale Sociétal (PUF).

Les commentaires sont fermés.