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21/06/2007

Dans la tourmente

L'image “http://www.turgot.org/doc/turgot/Personnalites/Juppe.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Par Alain Juppé,

http://www.al1jup.com/index.php 

Violence: c'est le mot qui m'est venu sur les lèvres, hier soir, quand j'ai voulu dire aux centaines de Bordelaises et de Bordelais rassemblés devant ma permanence, comment j'avais ressenti les événements des deux derniers jours.

Violence du calendrier : en quelques heures, j'ai vu s'effacer tout ce que j'avais patiemment construit depuis des mois.
Violence des commentaires et de la pression médiatique. Tel éminent observateur de la vie politique française annonce que je viens d'être "guillotiné". Beau sens de la mesure... Ou bien encore, au Palais des Congrès de Bordeaux , une meute de photographes et de cameramen, laissant en plan Chritine Lagarde venue, en sa qualité de ministre de l'agriculture, inaugurer Vinexpo, m'assaille, me bombarde de questions: "Comment allez-vous, ce matin?". Une fois, deux fois , dix fois... Je vis la scène comme une agression, un assaut de curiosité malsaine, une curée sans le moindre soupçon de compréhension ou d'humanité. J'essaie de me défendre comme je peux. Et patatras! C'est moi qui suis taxé de dureté. "On vous l'avez bien dit! Il n'a pas changé! Toujours la même arrogance..."

Heureusement, il y a , pour apaiser la souffrance , les milliers de messages de sympathie et de soutien arrivés sur ce blog (je ne suis parvenu à en mettre en ligne qu'une toute petite partie), au téléphone, par SMS, ou plus classiquement par la poste.
Et surtout, il y a vous, mes Bordelaises et mes Bordelais, présents dans la rue hier soir, ou croisés sur les allées de Tourny et qui spontanément applaudissez à mon passage.
Comment vous exprimer ma reconnaissance?

Certes, vous m'avez réservé une bien mauvaise surprise!
Comme me le confie , en privé , un de mes adversaires: "C'est inattendu et injuste!"

Je n'avais pas vu venir le coup, je l'avoue.
Je savais que ce serait difficile et que les résultats de l'élection présidentielle dans la deuxième circonscription n'étaient pas bons. Mais je pensais que le lien qui avait été renoué à l'automne dernier entre vous et moi était assez fort pour résister aux turbulences nationales.
La campagne d'entre les deux tours ne m'a certes pas aidé. Ah! la TVA sociale! Et l'annonce d'une supposée vague bleue!
Le candidat du MODEM n'a donné aucune consigne de vote et la très grande majorité de ses électeurs s'est reportée sur la candidate socialiste.
Mais surtout, je n'ai pas su convaincre mes concitoyens que ma présence au gouvernement à Paris et l'exercice de mon mandat de maire à Bordeaux pouvaient être un atout, à la fois pour mon action nationale et pour notre ville. Mes adversaires ont matraqué l'argument du cumul, qui a porté. J'en avais sous-estimé le poids. Les temps ont changé.

Et maintenant?
La tentation de me protéger et de protéger ma famille a été forte.
Mais je me suis dit: "Puis-je déserter, sur un coup de tête?"
On ne se change pas. J'ai décidé de rester. Plus précisément d'accomplir jusqu'à son terme le mandat que les Bordelais m'ont confié le 8 octobre dernier.
Au delà, c'est-à-dire lors des prochaines élections municipales, je verrai.
Tout dépendra de ma capacité à renouveler et a rassembler
Car Bordeaux a changé.
C'est un peu le paradoxe cruel de ma situation: j'ai réveillé la "belle endormie" qui ronronnait non seulement démographiquement, économiquement, urbanistiquement... mais aussi politiquement. De nouveaux Bordelais sont arrivés par milliers. Ils ont d'autres attentes. Il nous faut les analyser et y répondre. Notre municipalité, elle aussi, doit changer.

Enfin je n'irai à la bataille que si je peux rassembler. D'abord tous les amis avec lesquels nous avons réalisé depuis 12 ans cette magnifique transformartion de Bordeaux que tout le monde constate.
Mais aussi avec d'autres, venus d'autres horizons politiques et qui sont prêts à partager un projet de ville avec nous.
Je pense à tous ceux notamment qui placent l'écologie, le développement et l'aménagement durables au coeur de leurs préoccupations.
Pour ma part je n'ai pas renoncé à mon rêve: j'entends bien rester un "militant de la terre". Ce que je ne pourrai pas faire au niveau national, européen ou international, peut-être puis-je encore le réaliser au niveau local. A Bordeaux. Et peut-être même dans tout un réseau de villes d'Aquitaine qui seraient prêtes à partager leurs expériences.
Un nouveau défi? C'est le sel de la vie.

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