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16/09/2007

Dominique de Villepin : "Le destin d'un homme qui quitte Matignon, ce n'est pas seulement et toujours de s'en aller."

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Tout l'été, l'ancien premier ministre a noirci des carnets de notes de sa petite écriture serrée. Dominique de Villepin a couru 15 kilomètres par jour dans le midi de la France, où le recevait son amie la scénariste Danièle Thompson, puis en août chez un autre intime, le couturier Emanuel Ungaro.

Entre les deux, en voyage en Polynésie, il a fait une croisière aux îles Marquises avec le magnat des médias américains, Barry Diller, et la créatrice de mode Diane von Furstenberg. Devant ses amis, il parlait de la sortie de Soleil noir de la puissance (568 p., 24,80 euros), le 23 août, chez Perrin, premier opus de sa trilogie napoléonienne. Jamais du 13 septembre, jour de sa troisième audition par les juges chargés de démêler l'affaire Clearstream.

La rentrée de Dominique de Villepin a pourtant débordé les frontières de la littérature. "Ceux-là mêmes qui voulaient m'éloigner de la politique m'y ramènent", accuse-t-il. Aux marges de son introspection des années glorieuses de Napoléon, il ne refuse aucune question politique. Mieux : il devient en quelques jours l'"opposant numéro un" au chef de l'Etat. "Je vais faire à Sarkozy ce que Sarkozy a fait à Chirac", a-t-il lâché au début de l'été à un ami, dans une de ses très rares confidences. Il théorise l'appareil répressif d'Etat qui s'installe en France - voire autour de lui depuis l'élection présidentielle. "Rachida Dati passe ses vacances avec le président, Laurent Le Mesle (nouveau procureur général de Paris) s'occupait de la justice à l'Elysée, Bernard Squarcini doit prendre la direction des "services", Yves Bot sera procureur de la nation, et Martine Monteil (patronne de la police judiciaire) a appelé à voter Sarkozy... Moi, je me défends tout seul. Je n'ai pas tout ça."

"Ce furent des vacances assez bizarres", confirme la scénariste Danièle Thompson. L'été le plus long, peut-être, de Dominique de Villepin. A peine arrivé chez ses amis à Ramatuelle, près de Saint-Tropez, le 4 juillet, le voilà obligé de rentrer dare-dare à Paris. Le 5, après que deux notes découvertes dans l'ordinateur du général Rondot semblent le désigner comme l'instigateur de la manipulation "Clearstream", les enquêteurs l'avertissent sur son portable qu'ils commencent à perquisitionner dans son nouvel appartement, rue Georges-Berger, dans le 17e arrondissement. "DDV" - comme l'a appelé, le premier, le général Rondot dans ses notes - a juste le temps de sauter dans un avion pour regagner la capitale, encore stupéfait aujourd'hui que l'affaire puisse conduire à fouiller "sous les matelas des enfants" et qu'on l'oblige même à vider son petit sac de voyage préparé à la va-vite.

Mis en examen pour "complicité de dénonciation calomnieuse", l'ancien premier ministre a pu éplucher les 27 tomes du dossier d'instruction. Mais dès qu'il s'en échappait, tout le ramenait à l'"affaire", y compris son propre livre. L'ancien premier ministre s'est prêté à l'incontournable séance de dédicaces, exercice incomparable pour faire le point sur ses amitiés. Les fidèles, les vrais, ont eu droit à un mot couché à l'encre bleue : ainsi Benoît Yvert, le directeur du Centre national du livre, son compagnon en bonapartisme, qui avait tant travaillé avec lui sur Les Cent-Jours (Perrin) en 2001. L'opus a été envoyé avec un simple "hommage de l'éditeur" à ceux avec lesquels Dominique de Villepin n'exclut pas un jour de se réconcilier, comme Alain Minc. D'autres, enfin, n'ont tout bonnement pas reçu l'ouvrage. Consigne a été donnée à l'éditeur de ne pas l'envoyer à Franz-Olivier Giesbert, le patron du Point.

Car l'"affaire Clearstream", du nom de cette banque basée au Luxembourg, est aussi une histoire très française d'amitiés brisées et de haines profondes. Malgré les tentatives de médiation de l'éditeur Olivier Orban, plus un mot échangé avec "FOG", qui fut pourtant l'un des meilleurs amis de Villepin, depuis leur rencontre aux Etats-Unis, au milieu des années 1980. "Franz" ne pardonne pas à "Dominique" de lui avoir donné pour du "béton" la machination qui a fait la "une" du Point le 8 juillet 2004, avec, au milieu des bénéficiaires de comptes douteux, un "ministre d'Etat" - Nicolas Sarkozy était alors le seul à jouir de ce rang.

"Giesbert, s'estimant trahi, a du coup transformé en brûlot anti-Villepin son livre sur Jacques Chirac, La Tragédie du président (Flammarion, 2006).Villepin n'est pas un sentimental, mais il a jugé que Giesbert choisissait Sarkozy", décrypte un ami qui partage avec l'ex-premier ministre l'amour des peintres et des galeries. L'explication de gravures a aussi été vive avec le conseiller d'entreprises Alain Minc, président du conseil de surveillance du Monde, furieux d'apprendre que son ami ait pu lui cacher, pendant huit longs mois, la présence de son nom dans les fameux listings. "Mon devoir d'Etat était d'abord de vérifier", lui avait rétorqué sèchement le locataire de Matignon. En 2003, tous étaient encore réunis autour de la nappe spécialement imprimée de maximes napoléoniennes, pour écouter les petits compliments surprise fêtant le 50e anniversaire du ministre des affaires étrangères du carré de fidèles : Marie-Laure de Villepin, l'académicien Pierre-Jean Rémy, l'éditrice Teresa Cremisi, le romancier François Nourissier... "Je n'avais pas organisé cette fête, tranche M. de Villepin. Tout ça n'est pas mon monde, je sais de toute facon qui sont mes amis".

Plus de tête-à-tête, non plus, avec Jacques Chirac. Mais pour d'autres raisons. Aux distances qu'induit une disgrâce publique se sont ajoutées celles, artificielles, qu'impose l'"humiliant" contrôle judiciaire : les juges ont interdit à l'ex-premier ministre de rencontrer ce président qu'il connaît depuis 1983. Ce président surtout qu'il a protégé pendant toutes les "affaires". Le 5 septembre, lors des obsèques de Pierre Messmer, en l'église parisienne de Saint-Louis des Invalides, Dominique de Villepin était assis quatre rangs derrière l'ancien président de la République, qui devisait avec Nicolas Sarkozy. Pour éviter toute situation gênante, il s'est éclipsé avant la fin de la cérémonie. "Jacques Chirac s'est retourné pour m'adresser un sourire", confie-t-il comme pour briser sa solitude.

"Je n'ai jamais ressenti de peur chez lui, sauf celle que sa famille soit malmenée. C'est la seule confidence sur cette affaire qu'il m'ait d'ailleurs faite", raconte Danièle Thompson. Dominique de Villepin n'est en effet pas homme à se confier. "Il aime les milieux froids, comme la diplomatie, et a une incapacité à parler de lui, analyse un de ses amis politiques. Dans l'Eloge des voleurs de feu, son livre le plus personnel, sur la poésie, il ne parle de la disparition de son frère qu'en quelques lignes, entre une brassée de mots. Il ne cache rien de ses projets et dissimule tout de ce qu'il est. C'est l'anti-Sarkozy." "Et l'anti-Montaigne", ajoute un intime.

Dans le récit de ses années à Matignon, qu'il publiera chez Plon au début de l'année 2008, "il n'y a rien de lui, et rien, au fond, du décor politique de ces deux années passées rue de Varenne", sourit Olivier Orban. Aucune de ces confidences que le nouveau chef de l'Etat a confiées à Yasmina Reza dans L'aube le soir ou la nuit (Flammarion, 190 p., 18 euros), où l'ancien premier ministre a pu constater que son rival ne citait pas une fois son nom.

"Reza a compris que le sujet essentiel, c'est l'idée qu'un homme se fait du temps, comme Beckett, balaie-t-il.Mais dans la pièce Oh les beaux jours, il y a des silences entre les mots, du tragique dans les interstices. Là, il n'y a rien. Cela donne un sentiment de vertige effrayant." Partout, l'ex-premier ministre cherche et trouve son rival - son obsession. "Tu verras, Napoléon en premier consul, il ressemble à Sarkozy", avait-il confié avant la parution de son Soleil noir.

"Sa conviction, sur Napoléon, c'est qu'il était condamné dès le départ. L'origine du mythe est dans la chute", dit son ami historien Benoît Yvert. Le 13 septembre, face aux juges, Dominique de Villepin veut créer la "surprise" : "Je suis le seul à connaître le dossier de bout en bout et je prouverai mon innocence", dit-il à un ami. Ses proches ignorent sa défense, mais comprennent qu'il veut sauver sa légende. "Il faut qu'on se souvienne de son discours sur l'Irak devant l'ONU, les deux points de chômage qu'il a gagnés lorsqu'il était à Matignon", insiste son ancien directeur de cabinet à Matignon, le député UMP de l'Eure Bruno Le Maire, lui aussi interdit de visites à son ancien "patron".

Mais la plupart cachent mal leur inquiétude. "Pendant la crise du CPE, il était aussi très serein", se souvient l'un. "Il ne se livre que par des phrases de général, inspiré par une lueur momentanée. Là-dedans, allez savoir ce qui est vrai ou faux, soupire un autre. Dominique n'est pas un personnage qui ment, c'est un personnage de vérités successives. Peut-être que son bras droit ignore ce que fait son bras gauche. Il est tout le temps dans ses paradoxes. Je me demande parfois s'il se connaît lui-même."

Chez lui, de toute façon, tout est transformable en livre. Il est déjà le sujet de son prochain ouvrage, ajoute un troisième. Mais je devine qu'il vit dans le rêve fou et insensé qu'on le rappelle un jour."

Le 17 mai, alors qu'il s'apprêtait à laisser Matignon à François Fillon, sa femme, qui a toujours rêvé qu'il abandonne le pouvoir, fait irruption dans son bureau avec un sourire provoquant et une veste sur laquelle son styliste préféré, Franck Sorbier, avait imprimé : "Adios, bye-bye, Ciao". "Ça te va bien. Tu es très belle", avait complimenté son mari. "C'était un message pour lui", commente un témoin de la scène. "Elle voulait marquer une distance ironique, un peu tendre, un peu tragique, préfère croire Dominique de Villepin. Le destin d'un homme qui quitte Matignon, ce n'est pas seulement et toujours de s'en aller."

Source : Le Monde 

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3224,36-954248@... 

08/09/2007

Dominique de Villepin veut remplir le rôle de "conscience et d'aiguillon d'une majorité qui ne doit pas s'endormir sur ses lauriers".

02/09/2007

Dominique de Villepin « N'ayons pas honte de ce que nous avons fait »

(LP/OLIVIER CORSAN.)

Propos recueillis par Dominique de Montvalon et Henri Vernet pour le Parisien.

Pourquoi cette passion pour Napoléon ?

Dominique de Villepin.
C'est moins une passion pour Napoléon que pour cette période de l'histoire de France : la Révolution, le Consulat puis l'Empire. Ma passion, c'est d'essayer de comprendre comment Napoléon va réussir, au sortir de l'Ancien Régime et à travers la Révolution, en dépit de l'engrenage meurtrier qui conduit à la Terreur, à terminer la Révolution et à doter la France d'un gouvernement stable. Comment maîtrise-t-on les passions libérées au moment de la Révolution pour rebâtir une nation ? Voilà l'enjeu. Or ma conviction, c'est que Napoléon n'y parvient que provisoirement. Il y a des forces profondes et des peurs qui travaillent la société.

Jusqu'à quel point un homme seul peut-il peser sur l'histoire ?

Dans notre imaginaire collectif, le héros est celui qui se bat contre des forces immenses et qui ne l'emporte pas. Dans l'histoire de France, le héros est tragique. Voyez Jeanne d'Arc, Henri IV, Napoléon, de Gaulle : ça se termine mal. Car, pour nous, le héros est celui qui défie l'histoire, fait reculer les bornes du possible, s'attaque à des frontières surhumaines. Et qui, à travers sa chute, ensemence pour l'avenir. Le héros qui ferait son travail, aurait des résultats mais mourrait tranquillement dans son lit n'intéresse personne. Nous sommes un pays nourri d'épopées. Nous croyons - dans la grande tradition judéo-chrétienne - qu'il faut se lever et être debout face à des forces qui, souvent, nous balayent.

« Nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer »

Eprouvez-vous aujourd'hui un sentiment de solitude ?

De solitude, oui. Mais je l'ai toujours eu. Même au soir de l'élection de Jacques Chirac en 1995, mon sentiment dominant n'a jamais été celui de la liesse mais, au contraire, l'inquiétude et l'angoisse : comment faire en sorte de ne pas décevoir ? Je dis donc aujourd'hui à ma famille politique bravo pour l'énergie, bravo pour la volonté, pour cette confiance qui est là, mais ne nous satisfaisons pas de cet état de grâce. Veillons à ce que les résultats soient très vite au rendez-vous pour répondre à l'attente des Français. Nous ne pouvons pas nous permettre d'échouer. Nous devons mettre toutes les chances de notre côté. Et pour cela, nous avons besoin de davantage de débat.

Approuvez-vous la politique d'ouverture ?

Bien sûr, mais à condition que l'ouverture nous grandisse, qu'elle nous ouvre à d'autres idées et à davantage d'actions possibles, sans compromission. Elle ne doit pas diluer notre propre identité, pas plus que celle des personnalités extérieures qui acceptent de nous rejoindre. Celles-ci doivent pouvoir nous apporter la force de leurs expériences et de leur conviction, en toute indépendance. Le risque dans notre pays, c'est que la course aux honneurs et aux places, le développement d'un esprit de cour, par la flatterie, la peur et l'intérêt, tuent l'esprit critique. Je souhaite que la France ait avec elle toutes les forces de l'esprit : les arts, les sciences et, bien sûr, la grande littérature. Je veux avec force qu'on évite le conformisme, cet unanimisme stérile. Le problème n'est pas de gouverner en sachant jouer des vanités, comme Napoléon savait si bien le faire.

Vous visez qui ? Attali, Lang, Védrine, Rocard ?

Certainement pas ! J'ai beaucoup d'estime pour chacun, et je me réjouis que des gens de talent puissent apporter leur concours. Nous avons besoin que s'expriment des tempéraments, des personnalités fortes, mais pas des personnalités qui seraient tentées de se rallier en se reniant.

« Je veux éclaircir le mystère Clearstream »

Vous répétez que vous êtes, dans l'affaire Clearstream, non pas coupable mais « la » victime...

Je suis injustement attaqué. L'affaire Clearstream, ce sont des centaines de victimes citées dans les listings falsifiés. Vouloir la réduire à une simple rivalité politique serait prendre le risque d'une erreur judiciaire. Je n'ai fait que mon devoir comme ministre des Affaires étrangères puis comme ministre de l'Intérieur en cherchant à évaluer des menaces pour les intérêts de la France. Je me bats pour la vérité et pour le respect de notre Etat de droit. Mais cela suppose la sérénité de l'instruction, alors que nous sommes confrontés à des atteintes permanentes au secret de l'instruction, avec des pièces sorties de leur contexte. Le 13 septembre (NDLR : jour de sa prochaine audition par les juges), je répondrai à toutes les questions des magistrats comme un citoyen ordinaire, et je pense que ce jour-là, la vérité fera un grand pas en avant. Je refuse tout avantage ou privilège : c'est pour cela que je n'ai pas réclamé que le dossier soit transmis à la Cour de justice de la République, comme j'aurais pu le faire.

Vous dénoncez un complot ?

Je ne crois pas à la théorie du complot. Mais je connais les logiques personnelles, politiques et médiatiques ainsi que, hélas, la lâcheté du système. La chasse en meute est tellement naturelle que bien peu osent se dresser et crier à l'injustice. Ce que je veux comprendre, c'est comment une affaire industrielle et internationale s'est peu à peu exclusivement transformée en une affaire politique, niant le tort qui a été fait à de nombreuses parties civiles qui ne peuvent être considérées comme marginales. Rien ne vient aujourd'hui expliquer ce tour de passe-passe. Je veux contribuer à éclaircir ce mystère.

Avez-vous le sentiment qu'il y a une rupture dans le pouvoir ?

Les vraies ruptures se mesurent à l'ambition des politiques mises en oeuvre et aux résultats obtenus. Si, dans deux ans, nous parvenons à baisser le taux de chômage de plus de deux points, comme mon gouvernement l'a fait dans les deux dernières années, j'en serai très heureux. La rupture, c'est d'aller plus loin, plus vite et plus fort. Si nous parvenons à dynamiser notre commerce extérieur, notre compétitivité, notre croissance pour atteindre les 3 ou les 4 %, alors, oui, je dirai que c'est une rupture...

Comprenez-vous que les relations de la France avec les Etats-Unis prennent un tour différent ?

Le souci d'avoir avec les Etats-Unis une relation vivante et exigeante est légitime. Développer les relations avec les Etats-Unis, oui. Faire preuve de soumission vis-à-vis de l'administration Bush, ce serait une erreur monumentale.

C'est le cas ?

Pour éviter un tel risque, il faut asseoir nos gestes diplomatiques sur des principes forts. Par exemple, aller en Irak pour assurer le peuple irakien de notre solidarité, très bien. Mais cela suppose deux préalables : 1. Qu'il y ait un vrai gouvernement de réconciliation nationale à Bagdad, ce qui n'est pas le cas. 2. Que cela ne passe pas pour un message d'accommodement vis-à-vis de Bush. Or c'est le risque. En 2003, notre politique a évité une crise entre l'Orient et l'Occident, et le discrédit total des Nations unies. Ne nous renions pas ! N'ayons pas honte de ce que nous avons fait ! Il faut rappeler que rien ne sera possible en Irak tant que les Américains n'auront pas fixé un calendrier clair de retrait de leurs troupes. Ce sera le débat central de l'élection présidentielle américaine.

Pensez-vous que l'action de Jacques Chirac sera, un jour, mieux reconnue ?

J'en suis convaincu. En politique, les pages se tournent brutalement, mais je crois qu'il faut toujours éviter l'ingratitude. Jacques Chirac a droit à notre reconnaissance et à notre respect. Je me rappelle les égards et les gestes de Jacques Chirac envers François Mitterrand à la fin de son mandat. Il y a là une tradition républicaine qui doit continuer de nous inspirer.

On vous sent impatient de retrouver la vie publique...

Il faut savoir reprendre son souffle, faire autre chose. Il y a mille façons de servir son pays quand on l'aime. On ne peut pas travailler comme je l'ai fait dix-huit heures par jour pendant quinze ans en préservant sa fraîcheur, son enthousiasme, sa capacité à renouveler ses idées. On a besoin de se ressourcer. Pour moi, c'est un moment privilégié. J'ai enfin du temps que je peux partager avec de nombreux Français. C'est la source de beaucoup de bonheur.(LP/OLIVIER CORSAN.)

01/09/2007

Dominique de Villepin sur RTL : les coulisses

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Dominique de Villepin, était, mercredi, l'invité de Jean-Michel Aphatie sur RTL, voici les coulisses de l'entrevue. 

Chef du gouvernement durant pratiquement deux ans, il a quitté toute fonction publique après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Son retour est motivé par la publication d'un livre sur Napoléon. Après les Cent jours qui en raconté la chute, il entreprend cette fois d'en décrire l'ascension, entre 1796 et 1807. Le récit est clair et nerveux, s'ouvre sur une saisissante scène de bataille, à Lodi, durant la campagne d'Italie, qui établira le génie militaire de Bonaparte et se poursuit par la description des convulsions dans lesquelles se trouve la France et qui permettent au jeune d'affirmer son génie politique.
Documenté et pénétrant dans ses analyses, le travail de Dominique de Villepin mérite de trouver des lecteurs. Publié aux éditions Perrin, il s'intitule "Le soleil noir de la puissance", un titre qui exprime le pessimisme de l'auteur face à l'action politique, vécue comme une douleur et vouée tout le temps, sinon à l'échec, du moins à l'absence de reconnaissance, ce qui doit sembler bien pire à un égo largement supérieur à la moyenne.

Bien sûr, il faut profiter de la présence de Dominique de Villepin pour évoquer l'actualité.
Depuis le début de la semaine, avec précaution certes mais aussi malignité, il fait des phrases pour se féliciter de l'état de grâce dans lequel vivrait Nicolas Sarkozy mais qui ne s'accompagnerait pas, selon lui, de résultats. Pourquoi tant d'impatience? Comment obtenir en cent jours ce que personne, et notamment pas son prédécesseur a réussi en tant d'années?
En fait, Dominique de Villepin n'est pas impatient. Il est dubitatif. On sent bien qu'il ne livre pas totalement le fond de sa pensée au micro. Il l'a fait davantage lors du petit-déjeuner qui a suivi l'interview.

A l'écouter, d'abord la politique économique choisie manque de clarté. La réforme des heures supplémentaires lui paraît marginale et il ne voit pas ce qui, dans les annonces du nouveau président de la République, peut susciter la confiance auprès des acteurs de l'économie. Il a pointé aussi, dans ce cadre privé, l'écart qui existerait, selon lui, entre une présence médiatique forte et un changement concret. "Regardez le déplacement en Corse, a-t-il notamment dit en montrant les journaux qui étaient devant lui. Il n'y a rien de nouveau dans les propos tenus, rien qui soit de nature à faire évoluer la situation.".
Dans la même veine, il s'et dit inquiet des conséquences que pourrait avoir l'irrespect de la promesse faite par le candidat Sarkozy sur la diminution du nombre de fonctionnaires. De l'engagement de supprimer un poste sur deux lors des départs en retraite, le nouveau pouvoir s'est finalement contenté de n'en supprimer qu'un sur trois. "En agissant ainsi, a dit Dominique de Villepin, on perd sur les deux tableaux. On mécontente les fonctionnaires et on déçoit les électeurs. Au bout du compte, c'st le désenchantement."
Dans ce contexte, a-t-il encore analysé, il faut craindre le phénomène de cour, l'incapacité où se retrouverait le pouvoir, faute d'opposition, faute aussi d'avoir mis en place des structures indépendantes à la tête de l'UMP, à percevoir la réalité d'une opinion publique, à en saisir suffisamment tôt les frustrations et les mécontentements, à s'enfermer ainsi dans une bulle artificielle de satisfaction et de déni de la réalité.

En tout cas, Dominique de Villepin paraît décidé à continuer à faire entendre sa voix dans le débat politique. "Accepteriez-vous de participer  un Grand Jury à l'automne?", lui ai-je demandé. Sa réponse a été claire: "Oui, avec plaisir."

Dernier point, sur Clearstream.
Dominique de Villepin assure avoir toujours agi dans ce dossier dans le cadre de ses fonctions ministérielles. Malgré tout, il accepte de répondre à la justice ordinaire et ne souhaite pas la réunion de la Cour de justice de la République pour instruire le dossier le concernant.
Cette position peut avoir le mérite apparent de la simplicité. Elle ne présente que l'inconvénient de ne pas respecter la Constitution qui attribue, dans son article 68-1, une compétence exclusive à la CJR pour établir la responsabilité des ministres.

Ne pas respecter la Constitution, ou plutôt ne pas en tenir compte quand on est un ancien premier ministre, n'est pas, tout simplement, une bonne démarche.

Jean-Michel Aphatie, RTL