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06/10/2008

La participation, réplique à la vaine opposition entre le libéralisme et le socialisme

Alors que nous célébrions, samedi, le cinquantième anniversaire de la promulgation de la Constitution de la Vème République, que j’ai évoqué le 27 septembre, jour du référendum, (et que j’évoquerai une nouvelle fois cette semaine) nous pouvons rappeler qu’il y a 60 ans naissait, un autre héritage essentiel, l’idée gaullienne de participation.

En 1948, le général de Gaulle, à la tête du RPF, soulignait la nécessité, pour rénover et moderniser le pays, d'associer le capital et le travail. Entre « un capitalisme abusif » et « un communisme écrasant », la participation était pour lui, et l’est toujours, une solution concrète pour faire évoluer la condition matérielle et morale des travailleurs, et répondre à la contradiction entre le libéralisme et le socialisme.

Dans une tribune publiée en 2006, Pierre Mazeaud écrit : « Pour le Général, ce qui est en jeu est la place du salarié dans la nouvelle société, sa responsabilisation comme partenaire à part entière, « associé » à la gestion et au partage des fruits de l'essor de l'entreprise. Révolutionnaire, puisqu'elle déroge à la logique capitaliste, cette innovation se heurte à des puissants obstacles, le refus des milieux d'affaires conjugué à la contestation de ce que syndicats et forces de gauche appellent la collaboration de classes. »

Cette opposition est désormais achevée, la participation a connu un important développement depuis 1967, mais celui-ci reste limité : seuls 54 % des salariés français, soit 8,3 millions de personnes, bénéficient de la participation, contre déjà 61 % au Portugal où le système a été introduit il y a cinq ans.

Le succès de la participation dépend aussi de l’entreprise qui choisit de l’appliquer : les grandes entreprises l’appliquent davantage que les PME, et du succès de l’entreprise. L’exemple d’Airbus qui n’a versé que 7€ de participation à ses salariés l’an dernier relativise l’ampleur de la mesure mais un échec ne peut désavouer l’ensemble du projet qu’est la participation.

Car cette idée ne se réduit guère au versement d’un dividende du bénéfice, son champ d'application est très large puisqu'il embrasse à la fois les bénéfices, le capital et la gestion, selon un processus qui devrait étendre progressivement le droit des salariés à la propriété des entreprises. Ainsi la notion de participation se traduit concrètement par quatre formes différentes et complémentaires de participation :

La participation aux bénéfices


Cette forme de participation consiste à répartir une partie du résultat net après impôts a tous les salariés obligatoire pour les entreprises employant 50 salariés ou plus

L’exemple actuel le plus abouti de cette participation est celui de l’entreprise Dassault, les résultats sont répartis en trois tiers, le premier est dédié aux investissements de l’entreprise, le deuxième distribué aux actionnaires, le troisième est partagé entre tous les salariés. Le groupe peut aujourd'hui offrir à l'ensemble des collaborateurs de la maison jusqu'à quinze mois et demi de salaire.

La participation par l’intéressement

Elle permet aux entreprises d’associer ses salariés à la réalisation d’objectifs, si ces objectifs sont atteints, une prime d’intéressement est versée aux salariés. Toutes les entreprises peuvent organiser un système d’intéressement. Il va de soi que cette organisation a l’avantage d’accentuer et de renforcer la motivation des salariés, la productivité du salarié de même que la productivité globale ainsi que le pouvoir d’achat du salarié.

La participation par l’actionnariat salarié

La troisième forme de participation est celle qui est transformée en action ou en compte épargne pour les salariés. En 2006, le groupe Axa a par exemple distribué un important portefeuille d’actions gratuites à l’ensemble de ses salariés. On compte aujourd’hui 2.5 millions de salariés actionnaires, notamment et surtout dans les grandes entreprises privatisées.

Ce système permet en liant le sort des salariés et celui de l’entreprise de limiter les Risque d’Opa. Cette logique conforme à l’idée de patriotisme économique a aussi l’avantage de donner aux salariés la possibilité de jouer un rôle plus important dans la gestion de l’entreprise.

La participation à la gestion de l’entreprise

« Il y a une troisième solution [entre le capitalisme ou le communisme] : c'est la participation, qui, elle, change la condition de l'homme au milieu de la civilisation moderne. » Dans la lignée de cette pensée, la participation doit aussi être considérée comme une conception politique du fonctionnement des entreprises : " Car, le progrès dans la productivité, comment l'obtenir, sinon par la coopération active du personnel tout entier ? ", interroge le Général. Ainsi peut on regretter que la loi restreigne aux seules sociétés cotées l'obligation de nommer un ou plusieurs représentants des salariés actionnaires au conseil d'administration ou au conseil de surveillance lorsque les salariés détiennent plus de 3 % du capital de la société.

La participation à la gestion de l’entreprise, dont la création des comités d’entreprise voulu par le général fut un début, exige une modification essentielle de l’organisation actuelle. Sans pour autant choisir les mécanismes d’autogestion, il s’agit d’inventer de nouvelles formes de gestion des entreprises en conciliant le choix de la direction, celui des actionnaires et la place des salariés. Pourquoi, par exemple, ne pas transférer certaines compétences du conseil d’administration à l’assemblée générale des actionnaires notamment la rémunération des PDG. Les salariés actionnaires pourraient faire entendre leur voix. Dans cet exemple décrit par Nicolas Cuzacq, maître de conférences en droit, agrégé d'économie et gestion, « la logique de la participation et celle du gouvernement d'entreprise vont ensemble ».

Ces 4 formes de participation ne peuvent être prises séparément, elles forment toutes la base d’une certaine idée de la société que défendent les gaullistes.

Le général de Gaulle y voyait un essai, qui doit aujourd’hui être parachevé, de concilier l'esprit d'entreprise et l'esprit d'association, pour avancer vers ce qu'il appelait « un ordre social nouveau » capable de changer le sort de l'homme « pris dans les engrenages de la société mécanique ».

A l’heure où le néo-libéralisme se perd dans sa folie spéculatrice et son mépris du travailleur, ce a quoi les projets social-démocrate, socialiste et communiste ne répondent aujourd’hui qu’avec mollesse ou extrémisme, nous avons l’occasion de fonder un nouveau capitalisme, plus humain. La participation, cœur du projet gaulliste de troisième voie, est une réponse nécessaire à la crise du capitalisme financier.

Commentaires

Un très bon article, évidemment puisque il relate l'idée économique que je défends, cette troisième voie entre capitalisme et socialisme marxiste, voie inspirée du socialisme associationniste. Je fais toujours à un clin d'œil à ceux qui évoquent encore cette pensée.
Vive la participation, vive la République !
http://blogrepublicain.hautetfort.com/

Écrit par : Antoine Chimel | 03/11/2008

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