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22/10/2008

L’indécence des libéraux

L'aide des États doit rester temporaire, pour les patrons du G8

L’échec du capitalisme financier n’a pas convaincu ses plus farouches défenseurs que le moment était venu de revoir leurs conceptions. Organisée par la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, la réunion des responsables patronaux français, américains, italiens, allemands et anglais en fut, vendredi dernier, une illustration.

Le message est éclatant, l’internationale patronale apporte un soutien «marqué et sans réserve» aux différents plans au niveau européen ou américain pour soutenir les banques et souhaite leur mise en œuvre la plus rapide mais le rôle de l'État doit rester «temporaire ». Les Etats doivent donc s’effacer après avoir épongé les risques inconsidérés et les erreurs de gestion des spéculateurs.

Non satisfaits de cette sommation, les dirigeants du patronat exigent des pouvoirs publics qu’ils conduisent des politiques économiques qui permettent un retour rapide à la croissance : «En évitant tout prélèvement nouveau sur les entreprises», en rejetant «toute mesure protectionniste» et en demandant à l'État «de ne pas maintenir son intervention dans l'économie plus longtemps que ne l'exigent les circonstances exceptionnelles ».

De cette rencontre ne sont issues que ces revendications, accompagnées de l’annonce d’une rencontre future où les patrons feront eux-mêmes des propositions précises pour « penser l'évolution » du système financier international. Ces propositions concerneraient : les agences de notation (dont la crise a montré l’inutilité), la transparence (vulgate néo-classique impossible à concrétiser), et surtout régulation du système des stocks option et des parachutes dorés.

Evoquons plus longuement cette dernière proposition de proposition, la nommer ainsi suffirait à la décrédibiliser si ce qu’elle recouvrait n’était pas plus ridicule. Il s’agirait simplement de montrer la bonne volonté des dirigeants d’entreprise qui renonceraient à obtenir des parachutes dorés trop importants. Cet accord verbal ne serait évidemment contrôlé par rien ni personne et surtout pas par l’Etat dont l’intervention serait une fois de plus anxiogène !

« Voila que ceux qui ont tout fait, depuis vingt ans, pour faire reculer l'Etat, déréguler, et dénationaliser » sont aujourd'hui ceux qui supplient les Etats de les assister et imposent sa disparition après la crise, déplorait récemment le député UMP, Bernard Carayon. Cette critique qui visait justement les patrons des patrons réunis à Paris, ne peut exclure les intellectuels et les hommes politiques libéraux qui continuent de défendre fièrement ce qui a failli.

Philippe Manière et Alain Madelin se sont récemment distingués, le premier en laissant le soin au capitalisme lui-même de se réinventer et le second en accusant l’Etat d’être responsable de la crise, les deux en défendant le rôle strictement temporaire de l’Etat puis son effacement. Partout la même suffisance, la même constance dans l’erreur alors qu’un seul chiffre paru hier peut convaincre le citoyen honnête de la nécessité de changer de voie : cette année, dans le monde, 20 millions de personnes supplémentaires seront au chômage. Comment croire en la main invisible et salvatrice du marché quand celle-ci mène à cette situation ?

Jacques Chirac répond à cela dans un récent entretien donné à un journal japonais, pour lui, « le libéralisme dans sa forme la plus débridée est une idéologie aussi périmée que le marxisme. On ne construit rien de durable sans règle et sans solidarité. Ce qui se passe en ce moment est un signal d’alarme. On se rend compte que l’on est allé trop loin, sans pudeur, sans retenue. Alors évidemment, il faut parer au plus pressé mais dans le même temps, il faut aller plus loin que les seules mesures d’urgence conjoncturelles. Là encore, il faut faire un effort d’imagination et inventer un capitalisme vraiment social. Le temps est venu, sans naïveté ni langue de bois, des investissements socialement responsables. Tout le monde y gagnera, et d’abord les entreprises. »

On ne peut que saluer la clairvoyance de l’ancien chef de l’Etat qui a toujours condamné le libéralisme économique dans sa forme la plus déchainée. La crise est la confirmation de la hauteur de vue de celui que les libéraux ultra, français et étrangers, décrivaient comme un conservateur frileux n’ayant pas suffisamment libéralisé le pays.

Jacques Chirac confiait à Pierre Péan (L’Inconnu de l’Elysée, Fayard, 2007) dans des termes proches de ceux du général de Gaulle : « je suis convaincu que le libéralisme est voué au même échec que le communisme et qu'il conduira aux mêmes excès. L'un comme l'autre sont des perversions de la pensée humaine". L’indécence des libéraux nous en donne aujourd’hui une confirmation.

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