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30/10/2008

Le Québec se souviendra de la visite de Sarkozy

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« Sarkozy enterre de Gaulle » écrit dans le Monde l’ancien conseiller diplomatique de deux premiers ministres indépendantistes du Québec, Jean-François Lisée. Catégorique, pour lui les propos de Nicolas Sarkozy forment un tournant de la politique française à l’égard de la Belle Province. Ils marquent la fin de l’originalité de la relation franco-québécoise et sont un exemple de la méthode Sarkozy en matière internationale.

La fin de l’ambigüité


Certes, le discours du Président devant l’assemblée du Québec, grâce à l’habileté et au talent d’Henri Guaino, distinguait l’amitié franco-canadienne de la fraternité franco-québécoise et inscrivait la politique de la France dans la continuité post-gaullienne.

Mais les propos de Sarkozy (ajoutés au discours, ne figurant pas sur le texte donné aux parlementaires québécois) selon lesquels il refuse « le repliement sur soi » et affirme que l’alliance franco-québécoise se poursuivra « à condition qu'on la tourne vers l'avenir et pas vers le passé » rompent (une fois de plus !) avec la politique évidemment passéiste des successeurs du général de Gaulle.

Cette rupture a été confirmée par deux réponses faites aux questions des journalistes : « s'il y a quelqu'un qui vient me dire que le monde aujourd'hui a besoin d'une division supplémentaire, c'est qu'on n'a pas la même lecture du monde », « la France est un pays qui rassemble et non pas qui divise », ici est exprimé en termes clairs le refus de l’indépendance.

Contrairement à tous les présidents français depuis Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy n’a pas affirmé qu’il soutiendrait « le Québec dans ses choix ». En 1995, on sait que Jacques Chirac aurait reconnu le Québec si l’indépendance avait été approuvée par les Québécois, qu’en sera-t-il désormais ?

Ce soutien de la France a pourtant une importance majeure pour le Québec. La France renforce le Québec, elle est un appui puissant qui lui permet d’être écouté. Or, aujourd'hui, la position démographique du Québec au sein du Canada est en train de se réduire, le Premier ministre canadien actuel propose des réformes institutionnelles qui diminueront son poids politique dans la fédération, le moment de changer de doctrine est mal choisi.

Sarkozy n’a formulé aucun reproche au Premier ministre canadien et à son pays, dont la Constitution réduit depuis un quart de siècle l'autonomie québécoise, notamment en matière d'éducation et de langue, contre tous les gouvernements québécois successifs. Ce qui n’empêche pas le Président de déclarer que le Canada est un grand pays qui, "par son fédéralisme, a décliné un message de respect de la diversité et d'ouverture".

Sarkozy a choisi le contraire de la doctrine qui prévalait jusqu'à lors dans les relations franco-québécoises, il joint l'ingérence en défendant le fédéralisme canadien à l'indifférence vis à vis du Québec dont la volonté d'indépendance n'est le fruit que d'un repli passéiste sur lui-même.

Choqué, le journal Le Québécois, souverainiste, appelle directement à « supporter ceux qui, en France, combattent Sarkozy, afin que celui-ci soit défait aux prochaines élections et que l'on efface ce triste épisode des relations France-Québec ». Et lance un avertissement : « L'indépendance du Québec se fera avec ou sans Sarkozy, et avec ou sans la France. Si le premier nous a clairement abandonnés, [espérons] que la seconde ne le fera pas. [...] Nous pourrions faire l'indépendance sans elle, voire malgré elle, mais ce ne serait pas à son avantage. Elle doit le comprendre. »

Sarkozy a affaibli notre relation fraternelle avec les Québécois et ce dans un contexte où les indépendantistes que l’on disait perdus l’an dernier retrouvent une voix forte dans l’opinion et l’élection, il est terrible et décourageant pour eux de voir la France s’éloigner de leur engagement.

Mais au-delà de ces annonces qui ont révulsé les indépendantistes, ce voyage fut illustration de la méthode Sarkozy en matière internationale.

Selon Jean-François Lisée cette méthode est « un mélange d'impulsivité et d'opinions nourries par ses amis des milieux d'affaires. Une propension à sacrifier les équilibres stratégiques à long terme au profit du gain tactique immédiat. Car le remplacement du "Vive le Québec libre !" du général de Gaulle par le "non à la division du Canada" de Nicolas Sarkozy s'est produit alors que ce dernier tentait de convaincre le Premier ministre conservateur Stephen Harper, de se joindre à lui dans son projet de sommet mondial sur la refondation du capitalisme. C'était sa tâche du moment. Les états d'âme du Québec ne faisaient pas le poids dans la balance ».

Sarkozy ne s’est non seulement pas soucié des états d’âme du Québec pour permettre sa rencontre mondiale en novembre, il a aussi marginalisé le sommet de la Francophonie.

Pourtant celui-ci avait une double importance. D’abord, il aurait permis, dans la crise, que soient entendues et portées les craintes et les attentes des pays du Sud largement représentés dans l’Organisation francophone. Ce sont eux qui sont le plus touchés par la crise actuelle, j’évoquerai plus tard notre nécessaire soutien aux pays les moins développés. Le deuxième enjeu de ce sommet était évidemment la langue française, on ne peut que regretter le manque d’intérêt que porte pour elle le président, nous avons de nombreuses possibilités pour donner une réelle ambition à la francophonie, qui pourrait prendre la forme d’une confédération d’Etats parlant d’une même voix, la France contrairement à ce que déclarait François Fillon doit en être « la locomotive », si elle ne l’est pas, qui le sera ? On remarque le même manque de vision et d’ambition que l’on retrouve en politique intérieure.

De la visite aux québécois et de la participation au sommet de la Francophonie ne ressortent finalement que l’abandon du Québec et l’opportunisme, l’incohérence diplomatiques du président.

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