Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/11/2008

Election d’Obama : prudence et indépendance

L’élection de Barack Obama annonce pour la plupart des commentateurs et pour l’opinion internationale un changement profond aux Etats-Unis. Mais si l’élection d’Obama est un changement, celui-ci est avant tout symbolique, Obama porte certes un espoir mais aussi et surtout de nombreuses incertitudes.

On ne peut évidemment que saluer la volonté du Président élu de refonder le rêve américain, son souci de la justice sociale et sa détermination à réconcilier les Etats-Unis avec le monde. Mais de nombreux obstacles réduisent déjà les possibilités du nouvel élu et le projet d’Obama particulièrement en politique étrangère est loin d’en faire le pacifiste béat que certains bien-pensants décrivent.

Il est amusant de voir les hérauts du progressisme notamment en France se réjouir de l’élection d’Obama. « Combien de Français donneraient leur vote à un homme affirmant sa foi en Dieu, favorable à la peine de mort et à la vente libre d'armes, qui a promis de bâtir une nouvelle armée du XXIème siècle forte de 100.000 hommes supplémentaires, sans s'interdire d'envisager une intervention militaire au Pakistan. » écrivait lundi, Régis Soubrouillard de Marianne2 pour montrer l’absurdité de la transposition du débat américain en France et minimiser le changement porté par Obama.

En politique intérieure, d’abord, et particulièrement en politique financière et économique le projet d’Obama est loin d’être hétérodoxe. Alexandre Adler rappelait que Mc Cain et le candidat démocrate croyaient tous deux, au terme de la campagne, en la nécessité de reconstituer et d’élargir le tissu industriel des Etats-Unis, d'investir dans des infrastructures un peu à l'abandon, et d’admettre qu'une dose modérée de protectionnisme sera nécessaire à ce relèvement industriel. Un protectionnisme qui serait de toute façon limité tant la dépendance des Etats-Unis à l’étranger et notamment à la Chine est importante. Les marges de manœuvres économiques de celui qui « peut » sont déjà rognées.

Dans le domaine social, les volontés du futur nouveau Président sont fortes, surtout pour ce qui est de la couverture médicale, mais les questions sur le financement de celle-ci sont nombreuses. Dans la logique d’Obama, les entreprises devraient contribuer davantage mais Bernard Maris rappelle que celles-ci sont déjà extrêmement pénalisées. « Comme il n'y a pas de système de mutualisation des risques, les entreprises les assument chacune pour leurs salariés. Ce qui explique les difficultés de géants comme Général Motors aujourd'hui au bord de la faillite » prévient-il.

Obama affirme qu’en contre partie de ce supplément de prélèvements, l’Etat réduirait les dépenses de santé ! Paradoxal, pour qui veut créer une couverture universelle. Il en va ainsi du programme démocrate qui veut renforcer l’Etat social tout en promettant de réduire la fiscalité « pour 95% » des américains. Ou de l’ex-candidat lui-même qui tout en prétendant incarner le peuple en marche a fait fi du financement public en amassant 600 millions d’euros de frais de campagne dont les trois quarts ne proviennent pas des militants de base mais de grands donateurs, les VIP, les grandes fortunes, les lobbies, les entreprises… qui se feront entendre si leurs avantages sont bousculés par une politique trop sociale.

Ces ambivalences de l’élu américain exigent notre prudence avant d’exprimer notre enchantement en politique intérieure, nous venons de le voir, comme en matière internationale.

En politique étrangère, Alexandre Adler précise qu’Obama comme l’aurait fait Mc Cain prolongera au Moyen-Orient la politique de Bush en se retirant d'Irak, peut-être plus vite que prévu et en jetant dans la bataille toutes les ressources américaines pour sauver le Pakistan laïc et l'Afghanistan actuel. « Ce sera la politique de Washington, quoi qu'il arrive » affirmait Adler avant le résultat.

De même pour l'Iran avec lequel un compromis demeure possible et souhaitable, « du ministre actuel de la Défense, Bob Gates (dont on dit qu'Obama voudrait le conserver à son poste), au diplomate du rang le plus élevé du Département d'État, Nicholas Burns (qui, à peine à la retraite, déclare qu'il faut faire des ouvertures plus grandes à Téhéran) » tout le monde semble s’accorder sur cette issue qui serait un retour à la position française (jusqu’en mai 2007) fixée par Jacques Chirac.

« Obama se classe parmi les moins liés à l'Europe, parmi l'ensemble du personnel politique américain. » Cela se traduira selon Adler par une relative indifférence de l’administration Obama pour l’Europe. Pourtant hier, les ministres européens des affaires étrangères réunis à Marseille ont envoyé un message commun au nouveau Président des Etats-Unis. Un message dont la substance est la volonté exprimée des européens de fonder une nouveau partenariat d’égal à égal entre l’Europe et les Etats-Unis.

Entre la voie décrite par Adler et la volonté des diplomaties européennes le choix reste à faire pour Obama mais on sait, et cela dément en partie la thèse d’Adler, que le futur président cherchera à ce que les Européens s'engagent plus, militairement, en Afghanistan s'il y augmente le niveau des forces américaines. Si l’on croit les déclarations des ministres des affaires étrangères européens, il est certain que l’Europe soutiendra la politique américaine en Afghanistan, un soutien que la politique française depuis l’élection de Nicolas Sarkozy n’enlèvera certainement pas.

Refusant d’emblée ce possible suivisme de l’Europe à l’égard du nouveau président, Dominique de Villepin met en garde les dirigeants français et européens : « Obama est séduisant, mais n'allons pas réinventer l'atlantisme ! L'Amérique n'est plus le centre de l'Occident qui n'est plus le centre du monde. Obama, défendra les intérêts de son pays, qui ne seront pas exactement les nôtres ».

En tant que français devons-nous poursuivre un combat en Afghanistan pour servir une stratégie qui jusqu'à présent a échoué, poursuivre une guerre qui a tant blessé les Afghans que même le choix d’une nouvelle stratégie plus respectueuse du peuple ne garantirait pas le succès des alliés ? Serions-nous prêts à nous engager au Pakistan sur le territoire duquel Obama n’a pas exclu de faire des frappes ciblées contre les terroristes ?

De ces questions, résulte ce choix quant à l’avenir des relations transatlantiques ; soit les nations européennes continuent de suivre naïvement les Etats-Unis et mettent un terme à toutes velléités d’indépendance ; soit les Etats-Unis et les nations d’Europe se distinguent et ces dernières réalisent qu’elles doivent devenir une réelle puissance conformément à la conception française de l’Union européenne. Pour nous français et européens, c’est cette alternative que pose la victoire d’Obama : le suivisme facile ou l’indépendance audacieuse.

Les commentaires sont fermés.