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13/11/2008

Les contradictions du libéralisme

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La crise économique, sociale et financière s’est depuis plusieurs semaines élargie au domaine intellectuel. Il ne s’agit pas exactement d’une crise supplémentaire, d’une crise intellectuelle mais plutôt d’une discussion voire d’une remise en cause du modèle intellectuel dominant depuis les années 80-90, le libéralisme sous toutes ses formes. S’affrontent ses défenseurs, parmi lesquels une frange plus ultra qu’une autre, à ses opposants où se repèrent aussi deux courants.

Il est difficile d’aborder une notion aussi complexe et vaste que le libéralisme qui recouvre à la fois les domaines économique et politique, qui est une vision particulière de la société. Une difficulté d’autant plus grande qu’il existe de nombreuses conceptions du libéralisme, une conception française fondée sur le primat du politique sur l’économique, une conception anglaise donnant plus de place à l’individu libre et responsable se différencient originellement, cependant cette distinction s’est considérablement enrichie et démultipliée au fil des décennies.

Grossièrement et imparfaitement, on peut fixer une définition du libéralisme en ces termes, le libéralisme est d’abord une doctrine économique : celle qui se donne le marché pour seul fondement, avec pour alliées naturelles l'initiative privée et la libre concurrence. Le libéralisme est aussi une philosophie politique : sa vision du monde commande d'installer et de garantir la liberté de ceux qui vivent dans la cité. Enfin, le libéralisme est une vision de la société qui fait de la liberté le point d'aboutissement d'une création continue. Tels sont les fondements de la pensée libérale, les préciser permettra de ne pas s’affaler dans les poncifs, les lieux communs et de décrire précisément les enjeux de la défense libéralisme et de sa critique.

Ayant reçu plusieurs réactions concernant la note où je dénonçais « l’indécence des libéraux », je veux ici préciser ma pensée. L’objet de ma critique n’était nullement le libéralisme en tant que doctrine vaste et complexe que l’on peut, je le répète, difficilement unifier dans une définition figée. Il est absurde de rejeter la pensée libérale en bloc, de Montesquieu, du libéralisme catholique de Chateaubriand, aux héritiers contemporains de Raymond Aron : François Furet, Pierre Manent, Alain-Gérard Slama et tant d’autres, les grands libéraux français incarnent une part du génie français.

Ce que je dénonce ce sont les ambigüités des libéraux, car se réclament aujourd’hui de la même doctrine certains libéraux qui continuent de croire au bazar néolibéral et d’autres qui voient dans la crise l’échec de ce même néolibéralisme qui a peu de choses à voir, selon eux, avec le vrai libéralisme.

Prenons un exemple, celui de la régulation des parachutes dorés, on entend des libéraux qui demandent de maintenir le système actuel qui permet l’émulation des talents, d’autres affirment qu’une simple déclaration des chefs d’entreprise suffira à responsabiliser les individus et les derniers croyant que seule la loi permet de réguler une situation abusive. A un même problème, on constate que trois réponses libérales sont possibles.

Il en va de même pour la plupart des problèmes actuels, et en général (ex : les parachutes dorés !) l’emporte la réponse la plus ultra. Alain-Gérard Slama a raison de rappeler que « de Raymond Aron à Raymond Boudon, les libéraux eux-mêmes ont mis en garde contre les dérives libertaires, utilitaristes, communautaristes de leur doctrine ». Mais force est de constater que ceux qui l’emportent depuis plus de 20 ans sont les plus utilitaristes, libertaires et communautaristes.

Les libéraux s’accordent sur le primat de droit et de la loi qui le fixe mais celle-ci ne doit pas empêcher gravement la liberté individuelle, ne doit pas se substituer à la responsabilité du citoyen et ne doit pas avilir son autonomie, les conditions sont difficiles à atteindre. Une difficulté qui a pour conséquence de favoriser le libéral qui refuse l’idée même de régulation. C’est ce à quoi nous avons assisté ces dernières années et c’est ce qui semble dominer du moins en Europe, dans la résolution de la crise.

Les libéraux du moins les français croient dans une nation faite de citoyens libres et égaux en droit, mais ce sont aussi les libéraux les plus libertaires qui promoteurs de la liberté individuelle à outrance et des corps intermédiaires même communautaires s’opposent à l’Etat républicain garant de l’unité nationale.

Les libéraux justifient l’intervention de l’Etat en distinguant les situations ordinaires où il ne doit pas participer des situations extraordinaires qui exigent son concours. Chantal Delsol, penseur d’un libéralisme ordonné, écrit que depuis « Cicéron, la passion de la liberté a bien conscience que cette dernière doit laisser place à l'autorité gouvernante en cas de péril - la difficulté restant naturellement de définir le péril » là est un problème supplémentaire que pose le libéralisme. Comment différencier une situation ordinaire, d’une situation extraordinaire ? Si la crise actuelle exige une intervention actuelle dans le domaine financier, l’intervention de l’Etat dans le domaine social ne doit-elle pas être envisagée sur un plus long terme ?

Aussi respectable et admirable que puisse être le libéralisme, il engendre des dérives et des risques qui même s’ils peuvent être en contradiction avec ses principes originels sont portés par des libéraux. Comme toutes les idéologies, l’idéologie de la liberté peut mener aux pires écarts. En se refugiant dans une système coupée de la réalité, qu’illustrent à la perfection les économistes néo-classiques, le libéralisme se perd. Le général de Gaulle affirmait qu’il n’est de politique que fondée sur des réalités, le libéralisme, fortement rejeté, s’est enfermé dans une idéologie déracinée. Pour être lui-même le libéralisme doit en sortir, retrouver le souffle de ses intellectuels notamment les Français anciens et actuels, sinon comme le dit Jacques Chirac il est une « perversion de la pensée humaine ».

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