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22/11/2008

Quitter l'Afghanistan

Dominique de Villepin est avec Nicolas Dupont-Aignan (le second joint le verbe à l’action !) l’homme politique qui, aujourd’hui, incarne et défend le plus fidèlement le gaullisme. Alors que d’injustes accusations, et jusqu’à preuve du contraire non fondées, sont portées contre lui, je voulais simplement affirmer mon humble soutien et mon admiration intacte. Cette fidélité au gaullisme Dominique de Villepin l’a démontrée une fois de plus, récemment, en inaugurant à Abu Dhabi le colloque : "Le Général de Gaulle et le Monde Arabe".

Pour l’ancien Premier ministre, la politique étrangère gaullienne comporte trois éléments : stabilité, unité, souveraineté, et mêle non-ingérence et indépendance. La philosophie de la politique du Général de Gaulle était "à l'opposé point par point" de celle de l'actuelle administration américaine, car elle respectait l'autonomie des nations et reposait sur une foi dans la "culture, l'équilibre et le dialogue". "Elle favorisait la stabilité. Elle mettait en valeur l'important des relations Nord-Sud et permettait aux peuples de choisir leur propre destin."

Fidèle à cette conception gaullienne des relations internationales, de Villepin a évoqué l’Afghanistan. Préoccupé par l’idée que le départ des troupes américaines d'Irak puisse conduire à davantage de troupes en Afghanistan, il affirme qu’il n’y a aucune solution militaire dans la lutte contre les Talibans. "Nous pouvons faire le choix d'un combat déterminé contre le terrorisme. Cela ne signifie pas pour autant d'interférer ou de maintenir des troupes étrangères pendant une longue période en Afghanistan car nul ne peut dicter à un peuple le choix de ses propres dirigeants". Pour Dominique de Villepin, l'approche de l'administration Bush dans la région a tout simplement conduit à un "cul-de-sac".

La situation est aujourd’hui bloquée, cette semaine une centaine de soldats français s'est ajoutée à nos troupes déjà présentes. Ce départ s’inscrit dans la politique française dans cette région voulue par Nicolas Sarkozy, depuis mai 2007, en contradiction avec ses promesses électorales et la position juste et pragmatique de Jacques Chirac. Cette nouvelle stratégie agressive, motivée par un atlantisme béat n’est pas à la hauteur des enjeux, elle est même dangereuse. Les talibans gagnent du terrain, appuyés par une frange de la population refusant l’occupation étrangère, certaines tribunes pachtounes, pourtant proches du pouvoir en place, se rebellent, la population en général est excédée par une guerre dont elle ne voit pas l’issue.

Une enquête récente faite par un collectif de grandes associations humanitaires rend compréhensible cette exaspération des afghans. En 2001, les alliés s’étaient engagés à verser 25 milliards de $ à l’Afghanistan, mais ils n’ont aujourd’hui versé que 15 milliards de dollars. Et on estime que 40 % des sommes dépensées sont retombés dans la poche des pays donateurs par le biais des bénéfices d’entreprise, pour payer les salaires des experts-conseils et d’autres coûts qui ont pesé lourd dans la balance des dépenses.

Le rapport souligne le fait qu’une aide disproportionnée a suivi le conflit a été utilisée à des fins politiques et militaires plutôt que pour lutter contre la pauvreté. M. Waldman, à l’origine du rapport explique : « Nous sommes en présence d’une politique qui manque de vue à long terme. L’aide apportée au développement du sud du pays doit être particulièrement soutenue mais si d’autres provinces sont négligées, l’insécurité pourrait bien gagner du terrain. » Les dépenses allouées à la lutte contre la pauvreté ne représentent qu’une infime partie des sommes dépensées pour les opérations militaires. « Alors que l’armée américaine dépense actuellement 100 millions de $ par jour en Afghanistan, l’aide humanitaire apportée par l’ensemble des donateurs depuis 2001 représente en moyenne moins d’un dixième de cette somme, soit à peine 7 millions de $ par jour. »

A cela s’ajoute la sous-utilisation des dons en raison de l’incapacité du gouvernement, de la corruption très largement répandue et des conditions de sécurité précaires qui compromettent davantage une résolution rapide signant la fin des combats. Celle-ci nécessiterait un changement complet de stratégie fondé avant tout sur l’aide humanitaire et l’établissement de l’unité de tous les afghans. La France propose certes un changement depuis un an et demi, mais elle n’est pas écoutée et continue cependant d’augmenter sa participation à la coalition. Cette politique est désastreuse, elle affaiblit notre crédit et ne rendra que plus courante la mort de nos soldats, un d’entre eux, à qui nous rendons hommage, a aujourd’hui été tué dans l'explosion d'une mine tandis que son frère d’arme a été grièvement blessé.

Nicolas Sarkozy impose ainsi le sacrifice de nos soldats, mais au nom de quoi ? Le renforcement du poids de la France dans l’Otan ? Un renforcement qui banaliserait la France dans le concert des nations. La France qui deviendrait un pays comme les autres dans une alliance atlantique où les Etats-Unis écraseraient leurs petits et divisés alliés. La guerre contre le terrorisme ? Dominique de Villepin rejette l’idée même d’une telle guerre, selon lui, dans une discours prononcé au Mexique, « On ne peut pas faire la guerre à un ennemi invisible. Il faut lutter dans le stricte cadre de l’action démocratique, et en respectant totalement l’état de droit. La meilleure arme contre le terrorisme est l’action discrète, loin des caméras de télévision, car le terrorisme vit de la peur qu’il répand sur les populations ».

Encore une fois, la solution reste politique et humanitaire avant d’être militaire, la stabilisation de l'Afghanistan passe avant tout par une redéfinition de la politique pakistanaise envers Kaboul. La politique pakistanaise envers l'Afghanistan est déterminée par la rivalité avec l'Inde. Le Pakistan a toujours été obsédé par le risque d'une alliance entre Kaboul et New Delhi, telle qu'elle s'est constituée de fait depuis 1947, quel que soit le régime à Kaboul. Depuis 2002, les relations entre le gouvernement Karzaï et l'Inde sont devenues excellentes, inquiétant ainsi le Pakistan qui souhaite un gouvernement « ami » à Kaboul (et non pas simplement neutre). L'instrument de cette politique pakistanaise a été défini dès le début des années 1970 : la mouvance afghane pachtoune (aidée par le Pakistan) fondamentaliste destinée à rapprocher l’Afghanistan du Pakistan en exerçant une pression continue sur le gouvernement afghan. Le Pakistan a également utilisé les relais de mouvements islamistes pakistanais : le Jamaat-e Islami durant les années 1980 puis, de manière plus discrète, la mouvance djihadiste radicale qui s'est développée à la fin des années 1980. Enfin, un troisième cercle de relations étroites s'est constitué par les réseaux des madrasas pakistanaises où se retrouvèrent les oulémas afghans qui traditionnellement allaient en Inde.

Cette politique du Pakistan avec l’élection de son nouveau dirigeant démocrate est en voie de changement, il s’agit certainement de la clé du renouveau dans la région. Si les nations dont la France décident d’affirmer leur soutien humanitaire, économique et politique aux dirigeants de la région plutôt que de s’enfermer dans une logique de guerre forcément inefficace, excitant la colère des peuples, la sortie des combats sera réalisable.

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