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20/12/2008

Malaise des jeunes ou Debout les Jeunes !

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Les violences en Grèce, les manifestations lycéennes en France sont pour de nombreux commentateurs le signe d’un profond malaise de la jeunesse européenne. Il y a des différences fortes entre ces deux cas, la violence des jeunes grecs n’est pas comparable aux manifestations françaises même si plusieurs actes de vandalisme ou de blocage forcé ont été constatés.

La Grèce est aujourd’hui dans une situation catastrophique, l’écrivain grec Takis Théodoropoulos déclarait, dans le Figaro, que cette jeunesse « est le reflet d'une société en faillite. Elle en est la partie la plus sensible et exprime de façon plus bruyante une implosion du système». Elle est la marque d’un échec politique, économique et éducatif.

De cette crise, le gouvernement grec en est gravement responsable. La corruption, les affaires ruinent aujourd’hui la crédibilité du gouvernement pour gérer la crise et sa capacité à trouver une solution. « Le pouvoir, selon l’auteur, est partagé depuis le retour à la démocratie par quelques grandes familles politiques et leurs amis. Il fonctionne par passe-droits ». Au-delà du gouvernement, l'Etat, la justice, la police sont empêtrés dans des scandales de corruption, et Théodoropoulos affirme que l’anarchiste en Grèce n’est pas seulement celui qui entraine la jeunesse de son pays dans une lutte contre l’Etat c’est aussi « le directeur des impôts ou le policier qui fait ce qu'il veut ».

Dans ce délitement complet, des groupes anarcho-autonomes prêts à en découdre sont apparus. Ces jeunes autonomes et anarchistes radicaux ont été le fer de lance du mouvement contre une police qui parfois se distingue par sa brutalité. Mais au-delà de cette tradition anarchiste et violente, héritée de la lutte contre la dictature des colonels, l'extension rapide du mouvement traduit le mécontentement d'une grande partie de la population, singulièrement de la jeunesse.

Le déficit de l'éducation joue un rôle déterminant dans ce soulèvement. Un étudiant de l’université d’Athènes, a résumé la situation dans le quotidien Ta Nea : « L’État doit nous éduquer, mais ce n’est pas ce qui se passe en réalité. Malgré tous nos diplômes, nous sommes livrés à nous-mêmes, en attendant de nouer des relations qui nous permettront de trouver un travail à plus de 600 euros par mois ».

Cette situation s’explique essentiellement par la fin d’une période allant de la démocratisation de la Grèce aux Jeux Olympiques de 2004. Depuis son entrée dans la Communauté économique européenne en 1981, le pays s’est considérablement modernisé. Avec des taux de croissance de l’ordre de 4%, elle a même été l’une des économies européennes les plus dynamiques de ces dernières années, mais tout le monde n’en a pas profité. Le système éducatif a été sacrifié, le budget de l’Éducation ne représente que 3,5 % du budget national. Les familles dépensent environ 500 euros par mois en cours privés. Les plus riches envoient leurs enfants à l’étranger. Dévalorisée, s’est ainsi formée une classe d’âge touchée par la précarité et la pauvreté.

Après la “génération précaire” en France, les “mileuristas”(pour 1 000 euros) en Espagne et en Italie, la “génération praktikum” (stage) en Allemagne, la “génération 700”en Grèce. « Les jeunes Grecs, jusqu’à 35 ans, représentent une majorité silencieuse de citoyens sous-payés, surchargés de travail, endettés et fragilisés », explique l’organisation Génération 700. Selon elle, 56 % des Grecs de moins de 30 ans ont un salaire mensuel qui ne dépasse pas les 700 euros. À ces bas salaires s’ajoute un chômage des jeunes parmi les plus élevés d’Europe. Avec un taux de 24,3 % en septembre, la Grèce se situe derrière la France, l’Italie et l’Espagne. Seule la moitié des 80 000 diplômés par an trouvent un travail après l’université. La crise ferme les perspectives.

« La police les flingue, l’éducation les piège, l’emploi les lâche, le gouvernement leur ment » écrivait crûment Martine Gozlan dans Marianne pour résumer la crise actuelle. Pour cette jeunesse désespérée le dernier recours est la violence.

Un auteur grec, Petros Markaris, essaye de comprendre cette dureté, pour lui : « le fétichisme de l’argent s’est emparé de la société grecque, les jeunes veulent une rupture avec cette société sans âmes ni vision». Aujourd’hui même les intellectuels grecs, hier si virulents, ne s’engagent plus, installés dans un « confort cotonneux » et confirment cette perte de conscience collective qu’évoque Todd, une perte de conscience collective, une désespérance que la jeunesse exprime avec violence ?

En est-il de même pour la jeunesse française ? Todd disait, cette semaine, sur France Inter, sentir en France « un basculement de la jeunesse du pays vers la gauche du pays et l’égalité », les manifestations lycéennes sont elles le témoignage de ce basculement ? « Il faut y lire [dans ces manifestations] un sentiment de dégradation des conditions d’études et de perte de valeur des diplômes sur le marché du travail », souligne Valérie Becquet, maître de conférences en sociologie à l’université de Cergy-Pontoise. Un sentiment, parfois, d’appartenir à une génération sacrifiée. Un sentiment assez proche, au fond, de celui qu’éprouvent les jeunes grecs. Les lycéens français les imiteront-ils ?

Nous devons l’éviter. La jeunesse de France doit résister « au fétichisme de l’argent », « à cette société sans âme ni vision » mais ne pas tomber dans l’extrémisme. Contre les extrémistes de droite comme de gauche contre la pensée unique du PS, de l’UMP et du MODEM, les jeunes de France doivent se rassembler autour d’un projet collectif. Ce projet collectif, un mouvement politique, Debout les Jeunes le construit pierre après pierre, avec l’exigence permanente de rassembler des jeunes français issus de tous les milieux et l’unique volonté de servir la France.

Lisons ce que Malraux écrivait à la suite des évènements de mai 68 : «L'imagination au pouvoir, ça ne veut rien dire. Ce n'est pas l'imagination qui prend le pouvoir, ce sont des forces organisées. La politique n'est pas ce qu'on désire, c'est ce qu'on fait. L'important n'est pas de crier “Vive la Liberté”, c'est de faire que les libertés soient réalisées par l'État. Ce que les jeunes attendaient de nous, avant tout, c'était un espoir, au fond des malaises qu'ils ressentent plus que nous encore, et qui est au fond de nature religieuse, parce que nous sommes dans une situation sans précédent de rupture entre l'homme et le cosmos, entre l'homme et le monde…» Et le général de Gaulle de conclure au plus fort de la crise étudiante : «Il est possible que parmi ces farfelus de la Sorbonne, il y en ait certains qui n'aient pas tort ».

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