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27/11/2008

Nous avons rendez-vous avec l’Histoire !

C’est le vent de l’ardeur et de la grandeur qui soufflait dimanche à la Mutualité. Les Français de bonne volonté, les gaullistes, les républicains s’y sont rassemblés autour de Nicolas Dupont-Aignan pour fonder un vaste et libre mouvement politique national et républicain. Ce sont les fondements de ce projet républicain et national que je vous présente ici, citations (en italique) du discours fondateur et résolu de NDA à l’appui.

Alors que les socialistes donnent le triste spectacle de leur division dont l’origine est plus la recherche cupide et avide du pouvoir que la différence de vision politique, alors que l’UMP est une coquille vide à la botte de l’Elysée dont les membres s’entre-déchirent pour accéder à la moindre responsabilité (au niveau national bien sûr mais ce phénomène est flagrant au niveau local !), Debout la République s’affirme comme le seul mouvement politique où prime l’intérêt national face à ces deux partis que rien ne sépare sauf le mensonge !

Ce mensonge Nicolas Sarkozy l’a porté à la Présidence de la République, il a instauré ce que Nicolas Dupont-Aignan appelle « le régime du double langage, ce grand écart entre les beaux discours d’un côté, et les actes de l’autre. D’un côté le beau discours sur le mini traité, de l’autre la décision de ratifier la copie conforme de la Constitution européenne. D’un côté le beau discours sur la baisse des impôts, de l’autre la multiplication des taxes. D’un côté le beau discours sur le retrait militaire d’Afghanistan, de l’autre l’envoi de soldats supplémentaires. D’un côté le beau discours sur l’école du mérite, de l’autre la réduction de 7% des heures de cours du primaire. D’un côté le beau discours sur la moralisation du système financier, de l’autre le refus de taxer les stock-options. »

Alors que les successeurs du général de Gaulle, non sans erreurs ni mensonges, ont tous maintenu à leur manière une certaine exception française,  le mensonge est aujourd’hui mis au service de ce qui contredit la substance du caractère français. Aujourd’hui le risque, c’est celui du délitement de la nation. Ce risque les Français le perçoivent, toutes les enquêtes le montrent. Depuis la Libération, jamais le désespoir des Français n’a été aussi considérable ! Ce désespoir exige une réponse, cette réponse, Debout la République la soumet aux Français.

Celle-ci est d’abord fondée sur une analyse de la situation du monde et de sa crise, de ses causes et ses effets :

Cette crise est d’abord celle du libre échange intégral
, « qui a entrainé l’ effondrement des économies américaines et européennes, la baisse du niveau de vie, une nouvelle forme d’esclavage organisé en toute bonne conscience en Chine et en Inde, le pillage des matières premières, la dégradation sans précédent de l’environnement de la planète et naufrage du continent africain ! »
Cette crise est aussi une crise politique. « Car si les multinationales ont joué des frontières pour accumuler toujours plus de profits, c’est bien parce que les gouvernements et les parlements les ont laissé faire. En mettant en concurrence les hommes et les territoires, on a inversé le cercle vertueux du progrès en une paupérisation généralisée ! »
La 3ème crise, c’est celle de l’Union européenne qui loin de protéger ses peuples est le cheval de Troie de la libéralisation à outrance et de la concurrence idolâtrée.

Les élections européennes seront pour les Français et tous les peuples d’Europe, l’occasion de dire à leurs dirigeants complices ou faux critiques de cette réalité, que l’Europe, évidemment nécessaire doit être refondée sur les plans :

Institutionnel, cette refondation passe par l’établissement « d’une Europe à la carte, avec des coopérations à géométrie variable qui permettent à chacun d’avancer à son rythme (à 3, à 8, à 12). (Ainsi nous éviterons le blocage de l’unanimité à 27 qui interdit d’avancer et la loi de la majorité tyrannique qui impose une politique à des nations qui n’en veulent pas). Un nouveau traité fondateur supprimera la commission (remplacée par un secrétariat permanent du conseil européen et par des agences thématiques pour porter les coopérations à la carte), encadrera la BCE et replacera le droit européen au-dessous des constitutions nationales dans la hiérarchie des normes. »

Economique, par une double stratégie défensive et offensive. « La défense européenne pour NDA, c’est la préférence européenne. Le droit de douane environnemental et social qui régule le libre échange entre les grandes zones régionales la lutte contre les paradis fiscaux au sein même de notre territoire le respect des services publics une harmonisation sanitaire, sociale et environnementale par le haut un plan de relance qui passe par des investissements massifs autour de projets industriels : la voiture propre, le TGV du futur, le panneau solaire performant…L’attaque c’est une politique offensive de l’euro de proposer, pour financer tous ces projets d’auto-développement de l’Europe, un grand emprunt européen garanti par tous les Etats qui voudront s’y associer L’épargne populaire ne doit plus venir au secours de la finance en faillite, mais servir le développement commun ! Un tel plan de grands travaux et d’investissements financera des emplois réels et productifs. »

Cette Europe nouvelle doit enfin porter sa propre vision du monde, notre continent devra préciser son rapport à ses voisins et au monde, affirmer ses frontières « en proposant à la Turquie, par exemple, un partenariat plutôt qu’une adhésion, développer l’Union pour la Méditerranée, négocier une alliance forte et complémentaire avec la Russie, et organiser la sortie de l’OTAN pour ceux qui le souhaitent et créer une coopération militaire à la carte notamment pour les matériels d’armement et enfin de lancer d’un vrai plan Marshall avec le Maghreb et l’Afrique. »

Ainsi refondée, l’Europe pourra apporter une réponse aux trois défis mondiaux. « Celui de la régulation du capitalisme, en soutenant la création d’ nouveau système monétaire international, la profonde révision de l’Organisation Mondiale du Commerce (avec des zones de libre échange par continent), et la réglementation de la finance internationale (en isolant les paradis fiscaux, et en interdisant les techniques de ventes à découvert qui favorisent la spéculation boursière,…). Celui de la pauvreté, de l’alimentation et du développement. Pour lutter contre le terrorisme, les guerres, les mouvements anarchiques des population sans, là aussi, ils nécessaire de s’attaquer à leur racine. L’avenir de l’Afrique devrait être ainsi au cœur de toute notre attention. Son marasme est aussi profond que ses ressources sont colossales. Celui de l’environnement, les bons sentiments ne suffiront pas sans une révision des règles commerciales pour inciter les pays développés comme les pays émergents à changer de modèle de production et de consommation. »

Ce changement la France doit l’inspirer et le promouvoir, mais pour cela notre pays doit renouer avec son génie et se réformer courageusement. Ce renouement et ses réformes ne pourront se faire qu’avec l’appui du peuple souverain, aujourd’hui désespéré par un personnel politique qui s’agite mais n’agit pas ou peu. Avec le soutien du peuple français, nous pourrons d’abord restaurer l’Etat aujourd’hui empâté par des années de relâchement et de lâcheté politique mais plus que jamais nécessaire au redressement du pays, de son économie, de sa recherche, de son école, des ses services publics. Son rôle est essentiel pour que soit maintenue l’unité nationale face aux féodalismes économiques, communautaires et politiques.

Le relèvement de l’Etat est un préalable à la réforme économique et sociale. Comme l’affirme la charte du mouvement, « la France doit relocaliser ses emplois et investir dans les projets scientifiques et industriels de demain. L’effort de tous doit être au profit de tous, grâce au renforcement massif de la participation et à la création d’une sécurité professionnelle, pour retrouver le chemin du Progrès économique, social et environnemental. »

Le projet du nouveau et unique mouvement républicain est fondé sur une analyse brillante de la situation du monde, de l’Europe, de la France, de la crise qui les touche et propose des solutions ambitieuses, courageuses et réalistes à celle-ci. Ce projet sera désormais promu et défendu devant les français dans les mois et années prochains, j’ai voulu, ici, préciser et montrer les grandes lignes de ce projet plutôt que de les analyser, j’ai souhaité mettre en avant le mouvement auquel j’appartiens, Debout la République, et son chef que je soutiens, Nicolas Dupont-Aignan, dont la conclusion du discours à la Mutualité clora cette note, comme un appel lancé à vous, comme un appel lancé à tous les Français :

« Si vous voulez faire vivre la démocratie, relever la République – cette République dont de Gaulle disait qu’elle est « la souveraineté du peuple, l’appel de la liberté et l’espérance de la justice » -, alors lancez-vous ! »

« Oui, lançons-nous pour aller dire aux Français que le politique, la volonté générale, c'est-à dire la République, doit reprendre le pouvoir sur l’économie, sur le marché, sur les intérêts, sur les lobbies, sur les communautés… »

« Oui mes amis vous avez, nous avons, rendez-vous avec l’Histoire. Dressez l’oreille, chers compagnons. L’Histoire nous murmure quelque chose. Elle nous dit de ne pas avoir peur. Elle nous crie de nous mettre debout. Debout la République, Debout la France, Debout les peuples libres d’Europe. »


Chers lecteurs, rejoignez Debout la République, pour la France !

http://www.debout-la-republique.fr/

22/11/2008

Quitter l'Afghanistan

Dominique de Villepin est avec Nicolas Dupont-Aignan (le second joint le verbe à l’action !) l’homme politique qui, aujourd’hui, incarne et défend le plus fidèlement le gaullisme. Alors que d’injustes accusations, et jusqu’à preuve du contraire non fondées, sont portées contre lui, je voulais simplement affirmer mon humble soutien et mon admiration intacte. Cette fidélité au gaullisme Dominique de Villepin l’a démontrée une fois de plus, récemment, en inaugurant à Abu Dhabi le colloque : "Le Général de Gaulle et le Monde Arabe".

Pour l’ancien Premier ministre, la politique étrangère gaullienne comporte trois éléments : stabilité, unité, souveraineté, et mêle non-ingérence et indépendance. La philosophie de la politique du Général de Gaulle était "à l'opposé point par point" de celle de l'actuelle administration américaine, car elle respectait l'autonomie des nations et reposait sur une foi dans la "culture, l'équilibre et le dialogue". "Elle favorisait la stabilité. Elle mettait en valeur l'important des relations Nord-Sud et permettait aux peuples de choisir leur propre destin."

Fidèle à cette conception gaullienne des relations internationales, de Villepin a évoqué l’Afghanistan. Préoccupé par l’idée que le départ des troupes américaines d'Irak puisse conduire à davantage de troupes en Afghanistan, il affirme qu’il n’y a aucune solution militaire dans la lutte contre les Talibans. "Nous pouvons faire le choix d'un combat déterminé contre le terrorisme. Cela ne signifie pas pour autant d'interférer ou de maintenir des troupes étrangères pendant une longue période en Afghanistan car nul ne peut dicter à un peuple le choix de ses propres dirigeants". Pour Dominique de Villepin, l'approche de l'administration Bush dans la région a tout simplement conduit à un "cul-de-sac".

La situation est aujourd’hui bloquée, cette semaine une centaine de soldats français s'est ajoutée à nos troupes déjà présentes. Ce départ s’inscrit dans la politique française dans cette région voulue par Nicolas Sarkozy, depuis mai 2007, en contradiction avec ses promesses électorales et la position juste et pragmatique de Jacques Chirac. Cette nouvelle stratégie agressive, motivée par un atlantisme béat n’est pas à la hauteur des enjeux, elle est même dangereuse. Les talibans gagnent du terrain, appuyés par une frange de la population refusant l’occupation étrangère, certaines tribunes pachtounes, pourtant proches du pouvoir en place, se rebellent, la population en général est excédée par une guerre dont elle ne voit pas l’issue.

Une enquête récente faite par un collectif de grandes associations humanitaires rend compréhensible cette exaspération des afghans. En 2001, les alliés s’étaient engagés à verser 25 milliards de $ à l’Afghanistan, mais ils n’ont aujourd’hui versé que 15 milliards de dollars. Et on estime que 40 % des sommes dépensées sont retombés dans la poche des pays donateurs par le biais des bénéfices d’entreprise, pour payer les salaires des experts-conseils et d’autres coûts qui ont pesé lourd dans la balance des dépenses.

Le rapport souligne le fait qu’une aide disproportionnée a suivi le conflit a été utilisée à des fins politiques et militaires plutôt que pour lutter contre la pauvreté. M. Waldman, à l’origine du rapport explique : « Nous sommes en présence d’une politique qui manque de vue à long terme. L’aide apportée au développement du sud du pays doit être particulièrement soutenue mais si d’autres provinces sont négligées, l’insécurité pourrait bien gagner du terrain. » Les dépenses allouées à la lutte contre la pauvreté ne représentent qu’une infime partie des sommes dépensées pour les opérations militaires. « Alors que l’armée américaine dépense actuellement 100 millions de $ par jour en Afghanistan, l’aide humanitaire apportée par l’ensemble des donateurs depuis 2001 représente en moyenne moins d’un dixième de cette somme, soit à peine 7 millions de $ par jour. »

A cela s’ajoute la sous-utilisation des dons en raison de l’incapacité du gouvernement, de la corruption très largement répandue et des conditions de sécurité précaires qui compromettent davantage une résolution rapide signant la fin des combats. Celle-ci nécessiterait un changement complet de stratégie fondé avant tout sur l’aide humanitaire et l’établissement de l’unité de tous les afghans. La France propose certes un changement depuis un an et demi, mais elle n’est pas écoutée et continue cependant d’augmenter sa participation à la coalition. Cette politique est désastreuse, elle affaiblit notre crédit et ne rendra que plus courante la mort de nos soldats, un d’entre eux, à qui nous rendons hommage, a aujourd’hui été tué dans l'explosion d'une mine tandis que son frère d’arme a été grièvement blessé.

Nicolas Sarkozy impose ainsi le sacrifice de nos soldats, mais au nom de quoi ? Le renforcement du poids de la France dans l’Otan ? Un renforcement qui banaliserait la France dans le concert des nations. La France qui deviendrait un pays comme les autres dans une alliance atlantique où les Etats-Unis écraseraient leurs petits et divisés alliés. La guerre contre le terrorisme ? Dominique de Villepin rejette l’idée même d’une telle guerre, selon lui, dans une discours prononcé au Mexique, « On ne peut pas faire la guerre à un ennemi invisible. Il faut lutter dans le stricte cadre de l’action démocratique, et en respectant totalement l’état de droit. La meilleure arme contre le terrorisme est l’action discrète, loin des caméras de télévision, car le terrorisme vit de la peur qu’il répand sur les populations ».

Encore une fois, la solution reste politique et humanitaire avant d’être militaire, la stabilisation de l'Afghanistan passe avant tout par une redéfinition de la politique pakistanaise envers Kaboul. La politique pakistanaise envers l'Afghanistan est déterminée par la rivalité avec l'Inde. Le Pakistan a toujours été obsédé par le risque d'une alliance entre Kaboul et New Delhi, telle qu'elle s'est constituée de fait depuis 1947, quel que soit le régime à Kaboul. Depuis 2002, les relations entre le gouvernement Karzaï et l'Inde sont devenues excellentes, inquiétant ainsi le Pakistan qui souhaite un gouvernement « ami » à Kaboul (et non pas simplement neutre). L'instrument de cette politique pakistanaise a été défini dès le début des années 1970 : la mouvance afghane pachtoune (aidée par le Pakistan) fondamentaliste destinée à rapprocher l’Afghanistan du Pakistan en exerçant une pression continue sur le gouvernement afghan. Le Pakistan a également utilisé les relais de mouvements islamistes pakistanais : le Jamaat-e Islami durant les années 1980 puis, de manière plus discrète, la mouvance djihadiste radicale qui s'est développée à la fin des années 1980. Enfin, un troisième cercle de relations étroites s'est constitué par les réseaux des madrasas pakistanaises où se retrouvèrent les oulémas afghans qui traditionnellement allaient en Inde.

Cette politique du Pakistan avec l’élection de son nouveau dirigeant démocrate est en voie de changement, il s’agit certainement de la clé du renouveau dans la région. Si les nations dont la France décident d’affirmer leur soutien humanitaire, économique et politique aux dirigeants de la région plutôt que de s’enfermer dans une logique de guerre forcément inefficace, excitant la colère des peuples, la sortie des combats sera réalisable.

18/11/2008

Union Europe-Russie : une réponse à la crise

« Sans la Russie, qui a souvent incarné la civilisation européenne dans ce qu'elle a de plus achevé, l'Europe serait un continent mutilé, amputé d'une partie de son identité. » déclarait Jacques Chirac en 2005.

«Je dis qu’il faut faire l’Europe avec pour base un accord entre Français et Allemands. (…) Une fois l’Europe faite sur ces bases (…), alors on pourra se tourner vers la Russie. Alors, on pourra essayer, une bonne fois pour toutes, de faire l’Europe tout entière avec la Russie aussi, dut-elle changer son régime. Voilà le programme des vrais Européens. ». Alors que les pays européens viennent de décider de relancer un cycle de négociation afin de renforcer la coopération et de créer un véritable partenariat euro-russe, cette phrase du général de Gaulle est d’une grande actualité.

En 1959, le général de Gaulle affirmait ainsi que la fin du communisme à l’Est permettrait de faire l’Union des nations européens. Depuis la chute de l’URSS c’est à cette clairvoyance historique et géopolitique que nous devons répondre.

Avec l’arrivée de Vladimir Poutine à la tête de l’Etat et depuis l’an passé du gouvernement avec l'aide du nouveau Président Medvedev, la Russie veut affirmer sa puissance, défendre son rang, et promouvoir sa vison d’un monde multipolaire. Après une décennie d’humiliation et de crise la Russie est de retour et s’impose comme un géant mondial. Il ne faut certes pas sous estimer les faiblesses russes, la corruption et la mauvaise démographie mais les russes ont la ferme volonté de porter la grandeur de leur pays.

Dans son dernier ouvrage le nouveau XXIème siècle Jacques Sapir montre que Poutine et la Russie déterminent une nouvelle façon de penser le nouveau XXIème siècle fondé sur une redéfinition des relations internationales et le retour à la notion de souveraineté.

Dans son discours de Munich, au début de l’année 2007, Poutine tire toutes les leçons de l’échec du monde américain entre 1997 et 2005 et fixe une doctrine cohérente de sa conception des relations internationales. Il affirme son doute dans les capacités d’un pays à rassembler les moyens nécessaires pour affirmer seul son hégémonie, son opposition à l’idée que les valeurs (bonnes valeurs et éthiques) peuvent fonder l’unipolarité. Le pouvoir politique ou économique ne peut en effet être défini seulement en valeur mais doit l’être aussi en intérêts. La troisième leçon de Poutine consiste à montrer que puisqu’une base morale et éthique ne peut faire disparaitre la politique des relations internationales (au profit de l’économie ou des droits de l’homme), celles-ci doivent être gérées par le droit international fondé sur l’unanimité et la souveraineté nationale.

Ce retour de la notion de souveraineté illustré par l’idée de « démocratie souveraine » (énoncée par le premier adjoint de l’administration russe, Surkov) dont le principe repose sur une double opposition aux ingérences étrangères et aux féodalités internes, se prolonge dans les choix économiques du gouvernement russe marqués par un patriotisme économique protectionniste.

Ces choix ont été accomplis de manière spectaculaire à l’occasion de la grave crise économique et financière de 1998, le premier ministre de l’époque Primakov décide contre les oligarques, le FMI et le credo néo libéral de dévaluer le Rouble pour accroitre la compétitivité des entreprises, de baisser les prix de l’énergie pour les consommateurs et les entreprises russes, d’exercer un contrôle des changes permettant de limiter les sorties de capitaux et de casser la spéculation, et d’ accorder des aides publiques directes et indirectes aux investissements. La prévision de croissance du FMI pour 1999 était de –7% la croissance de la Russie a finalement atteint +5.5% !

Vladimir Poutine poursuit depuis cette politique de « protectionnisme raisonnable » avec les résultats que l’on connait. La hausse du prix des matières premières est un appui important mais elle est loin d’expliquer ce sursaut. Les matières premières n’ont pas eu un impact direct sur croissance, entre 2000 et 2007, les effets du commerce intérieur sur la croissance sont négatifs, la dévaluation du rouble ayant fait exploser le prix des importations. En revanche l’effet de cette hausse est indirect, celle-ci a permis d’assainir les finances de l’Etat et d’accroitre le profit des entreprises exportatrices. Cet effet accompagné du retour de l’autorité de l’Etat contre les oligarques notamment a favorisé le retour d’une forte croissance.

La Russie nous donne de nouveaux et importants éléments pour comprendre le siècle qui vient. Si l’Europe veut compter elle doit renoncer à l’angélisme libéral, se ressourcer dans les nations qui la composent, affirmer sa souveraineté et défendre ses intérêts. L'opposition de la France, de l'Allemagne et de la Russie à la guerre en Irak fut un aperçu de notre puissance commune et de ce que serait une vision mondiale indépendante et originale. Alors que les Etats-Unis ont perdu une large part de leur crédit, nous avons ici l'occasion de fonder un nouvel ordre mondial multipolaire, attentif aux pays émergents et pauvres, respectueux de tous les peuples. Ce nouvel ordre doit aussi être promu et porté en matière économique.

Lors du sommet euro-russe de Nice, précédant le G20, Nicolas Sakozy a parlé de l’éventualité de créer un espace économique commun entre la Russie et l’Europe. Même si le projet reste flou, il mérite d’être développé au delà des discours.

Aujourd’hui, selon Sapir, deux risques menacent l’Europe, surtout la zone Euro. L’éclatement monétaire mondial en est responsable. La crise actuelle du dollar, aujourd’hui structurelle, provoquerait une arrivée massive des fonds d’investissements installés aux Etats-Unis dans la zone euro. Cette arrivée pourrait entrainer un envolée du taux de change de l’euro face au dollar portant un cour mortel à nos industries. Les fonds d’investissement installés en dehors de la zone dollar ont la possibilité d’investir dans leur pays d’origine ou dans la zone euro. Avec cette nouvelle arrivée d’investissements étrangers en Europe, se pose la question de savoir comment « gérer cet afflux de capitaux sans que cela ait des conséquences dévastatrices dur la compétitivité de la zone euro et que faire des capitaux ? »

Pour Jacques Sapir, une refondation de l’Europe en étroite liaison avec la nouvelle puissance russe s’impose. Les européens doivent d’abord se doter d’une vraie politique industrielle à l’échelle d’un groupe de pays européens (d’abord la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne), ouvrir les capitaux de nos industries fortifiées aux fonds d’investissement notamment russes (et dans une moindre mesure chinois) à condition de pouvoir accéder au capital des sociétés russes (et chinoises). Le gouvernement russe est largement ouvert à cette possibilité.

Cette politique industrielle permettant de canaliser les liquidités vers l’investissement implique que la politique monétaire soit ajustée à l’objectif industriel. Or le statut actuel de la banque centrale européenne rend impossible une telle politique, la profonde révision de ses statuts doit s’imposer. De même que doit s’imposer une Europe des coopérations entre Etats pour lui donner une réelle efficacité que les institutions actuelles empêchent.

La création d’une zone de stabilité monétaire et financière euro-rouble serait un projet considérable pour que notre crédibilité économique soit renforcée face aux zones monétaires dollar et asiatique. La monnaie chinoise pourrait si l’Europe n’avance pas se combiner avec le rouble et nous isoler davantage, le temps presse.

Le nouveau monde multipolaire s’organiserait ainsi autour de régions économiques et politiques. L’Europe et la Russie tournées vers la Méditerranée deviendraient une force majeure du monde qui vient, elles formeraient un nouvel ensemble continental complémentaire et puissant. Avec le long et agaçant déclin des Etats-Unis, la montée en puissance de l’Asie et de l’Amérique latine, l’Union de l’Europe et de la Russie est essentielle si nous voulons tenir notre rang.

13/11/2008

Les contradictions du libéralisme

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La crise économique, sociale et financière s’est depuis plusieurs semaines élargie au domaine intellectuel. Il ne s’agit pas exactement d’une crise supplémentaire, d’une crise intellectuelle mais plutôt d’une discussion voire d’une remise en cause du modèle intellectuel dominant depuis les années 80-90, le libéralisme sous toutes ses formes. S’affrontent ses défenseurs, parmi lesquels une frange plus ultra qu’une autre, à ses opposants où se repèrent aussi deux courants.

Il est difficile d’aborder une notion aussi complexe et vaste que le libéralisme qui recouvre à la fois les domaines économique et politique, qui est une vision particulière de la société. Une difficulté d’autant plus grande qu’il existe de nombreuses conceptions du libéralisme, une conception française fondée sur le primat du politique sur l’économique, une conception anglaise donnant plus de place à l’individu libre et responsable se différencient originellement, cependant cette distinction s’est considérablement enrichie et démultipliée au fil des décennies.

Grossièrement et imparfaitement, on peut fixer une définition du libéralisme en ces termes, le libéralisme est d’abord une doctrine économique : celle qui se donne le marché pour seul fondement, avec pour alliées naturelles l'initiative privée et la libre concurrence. Le libéralisme est aussi une philosophie politique : sa vision du monde commande d'installer et de garantir la liberté de ceux qui vivent dans la cité. Enfin, le libéralisme est une vision de la société qui fait de la liberté le point d'aboutissement d'une création continue. Tels sont les fondements de la pensée libérale, les préciser permettra de ne pas s’affaler dans les poncifs, les lieux communs et de décrire précisément les enjeux de la défense libéralisme et de sa critique.

Ayant reçu plusieurs réactions concernant la note où je dénonçais « l’indécence des libéraux », je veux ici préciser ma pensée. L’objet de ma critique n’était nullement le libéralisme en tant que doctrine vaste et complexe que l’on peut, je le répète, difficilement unifier dans une définition figée. Il est absurde de rejeter la pensée libérale en bloc, de Montesquieu, du libéralisme catholique de Chateaubriand, aux héritiers contemporains de Raymond Aron : François Furet, Pierre Manent, Alain-Gérard Slama et tant d’autres, les grands libéraux français incarnent une part du génie français.

Ce que je dénonce ce sont les ambigüités des libéraux, car se réclament aujourd’hui de la même doctrine certains libéraux qui continuent de croire au bazar néolibéral et d’autres qui voient dans la crise l’échec de ce même néolibéralisme qui a peu de choses à voir, selon eux, avec le vrai libéralisme.

Prenons un exemple, celui de la régulation des parachutes dorés, on entend des libéraux qui demandent de maintenir le système actuel qui permet l’émulation des talents, d’autres affirment qu’une simple déclaration des chefs d’entreprise suffira à responsabiliser les individus et les derniers croyant que seule la loi permet de réguler une situation abusive. A un même problème, on constate que trois réponses libérales sont possibles.

Il en va de même pour la plupart des problèmes actuels, et en général (ex : les parachutes dorés !) l’emporte la réponse la plus ultra. Alain-Gérard Slama a raison de rappeler que « de Raymond Aron à Raymond Boudon, les libéraux eux-mêmes ont mis en garde contre les dérives libertaires, utilitaristes, communautaristes de leur doctrine ». Mais force est de constater que ceux qui l’emportent depuis plus de 20 ans sont les plus utilitaristes, libertaires et communautaristes.

Les libéraux s’accordent sur le primat de droit et de la loi qui le fixe mais celle-ci ne doit pas empêcher gravement la liberté individuelle, ne doit pas se substituer à la responsabilité du citoyen et ne doit pas avilir son autonomie, les conditions sont difficiles à atteindre. Une difficulté qui a pour conséquence de favoriser le libéral qui refuse l’idée même de régulation. C’est ce à quoi nous avons assisté ces dernières années et c’est ce qui semble dominer du moins en Europe, dans la résolution de la crise.

Les libéraux du moins les français croient dans une nation faite de citoyens libres et égaux en droit, mais ce sont aussi les libéraux les plus libertaires qui promoteurs de la liberté individuelle à outrance et des corps intermédiaires même communautaires s’opposent à l’Etat républicain garant de l’unité nationale.

Les libéraux justifient l’intervention de l’Etat en distinguant les situations ordinaires où il ne doit pas participer des situations extraordinaires qui exigent son concours. Chantal Delsol, penseur d’un libéralisme ordonné, écrit que depuis « Cicéron, la passion de la liberté a bien conscience que cette dernière doit laisser place à l'autorité gouvernante en cas de péril - la difficulté restant naturellement de définir le péril » là est un problème supplémentaire que pose le libéralisme. Comment différencier une situation ordinaire, d’une situation extraordinaire ? Si la crise actuelle exige une intervention actuelle dans le domaine financier, l’intervention de l’Etat dans le domaine social ne doit-elle pas être envisagée sur un plus long terme ?

Aussi respectable et admirable que puisse être le libéralisme, il engendre des dérives et des risques qui même s’ils peuvent être en contradiction avec ses principes originels sont portés par des libéraux. Comme toutes les idéologies, l’idéologie de la liberté peut mener aux pires écarts. En se refugiant dans une système coupée de la réalité, qu’illustrent à la perfection les économistes néo-classiques, le libéralisme se perd. Le général de Gaulle affirmait qu’il n’est de politique que fondée sur des réalités, le libéralisme, fortement rejeté, s’est enfermé dans une idéologie déracinée. Pour être lui-même le libéralisme doit en sortir, retrouver le souffle de ses intellectuels notamment les Français anciens et actuels, sinon comme le dit Jacques Chirac il est une « perversion de la pensée humaine ».

09/11/2008

Le gaullisme, une vraie boussole pour demain

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Alors qu’un capitalisme financier sans visage ni attaches connaît une crise historique qui risque de tout emporter avec elle, le traditionnel hommage rendu au général de Gaulle le 9 novembre met à nouveau en relief la modernité de son message.

Ayant deviné avant tous les autres que le vernis soviétique éclaterait sous la force du fait national russe, le Général vouait une non moins lucide désapprobation envers un certain capitalisme, sauvage et irresponsable.

L’intervention massive des Etats pour tenter de mettre fin au tremblement de terre financier mondial, prouve à l’envi la nécessité historique de la primauté du politique sur l’économie. C’était l’un des principaux mot d’ordre du Général, qui parlait « d’ardente obligation ».

De même, il avait pressenti avec 50 ans d’avance l’émergence d’un monde multipolaire, où la France et l’Europe devraient parler d’une voix indépendante.

Oui, les principes exigeants du gaullisme constituent plus que jamais une vraie boussole pour demain.

Nicolas DUPONT-AIGNAN Député de l’Essonne Président du parti gaulliste Debout la République

06/11/2008

Election d’Obama : prudence et indépendance

L’élection de Barack Obama annonce pour la plupart des commentateurs et pour l’opinion internationale un changement profond aux Etats-Unis. Mais si l’élection d’Obama est un changement, celui-ci est avant tout symbolique, Obama porte certes un espoir mais aussi et surtout de nombreuses incertitudes.

On ne peut évidemment que saluer la volonté du Président élu de refonder le rêve américain, son souci de la justice sociale et sa détermination à réconcilier les Etats-Unis avec le monde. Mais de nombreux obstacles réduisent déjà les possibilités du nouvel élu et le projet d’Obama particulièrement en politique étrangère est loin d’en faire le pacifiste béat que certains bien-pensants décrivent.

Il est amusant de voir les hérauts du progressisme notamment en France se réjouir de l’élection d’Obama. « Combien de Français donneraient leur vote à un homme affirmant sa foi en Dieu, favorable à la peine de mort et à la vente libre d'armes, qui a promis de bâtir une nouvelle armée du XXIème siècle forte de 100.000 hommes supplémentaires, sans s'interdire d'envisager une intervention militaire au Pakistan. » écrivait lundi, Régis Soubrouillard de Marianne2 pour montrer l’absurdité de la transposition du débat américain en France et minimiser le changement porté par Obama.

En politique intérieure, d’abord, et particulièrement en politique financière et économique le projet d’Obama est loin d’être hétérodoxe. Alexandre Adler rappelait que Mc Cain et le candidat démocrate croyaient tous deux, au terme de la campagne, en la nécessité de reconstituer et d’élargir le tissu industriel des Etats-Unis, d'investir dans des infrastructures un peu à l'abandon, et d’admettre qu'une dose modérée de protectionnisme sera nécessaire à ce relèvement industriel. Un protectionnisme qui serait de toute façon limité tant la dépendance des Etats-Unis à l’étranger et notamment à la Chine est importante. Les marges de manœuvres économiques de celui qui « peut » sont déjà rognées.

Dans le domaine social, les volontés du futur nouveau Président sont fortes, surtout pour ce qui est de la couverture médicale, mais les questions sur le financement de celle-ci sont nombreuses. Dans la logique d’Obama, les entreprises devraient contribuer davantage mais Bernard Maris rappelle que celles-ci sont déjà extrêmement pénalisées. « Comme il n'y a pas de système de mutualisation des risques, les entreprises les assument chacune pour leurs salariés. Ce qui explique les difficultés de géants comme Général Motors aujourd'hui au bord de la faillite » prévient-il.

Obama affirme qu’en contre partie de ce supplément de prélèvements, l’Etat réduirait les dépenses de santé ! Paradoxal, pour qui veut créer une couverture universelle. Il en va ainsi du programme démocrate qui veut renforcer l’Etat social tout en promettant de réduire la fiscalité « pour 95% » des américains. Ou de l’ex-candidat lui-même qui tout en prétendant incarner le peuple en marche a fait fi du financement public en amassant 600 millions d’euros de frais de campagne dont les trois quarts ne proviennent pas des militants de base mais de grands donateurs, les VIP, les grandes fortunes, les lobbies, les entreprises… qui se feront entendre si leurs avantages sont bousculés par une politique trop sociale.

Ces ambivalences de l’élu américain exigent notre prudence avant d’exprimer notre enchantement en politique intérieure, nous venons de le voir, comme en matière internationale.

En politique étrangère, Alexandre Adler précise qu’Obama comme l’aurait fait Mc Cain prolongera au Moyen-Orient la politique de Bush en se retirant d'Irak, peut-être plus vite que prévu et en jetant dans la bataille toutes les ressources américaines pour sauver le Pakistan laïc et l'Afghanistan actuel. « Ce sera la politique de Washington, quoi qu'il arrive » affirmait Adler avant le résultat.

De même pour l'Iran avec lequel un compromis demeure possible et souhaitable, « du ministre actuel de la Défense, Bob Gates (dont on dit qu'Obama voudrait le conserver à son poste), au diplomate du rang le plus élevé du Département d'État, Nicholas Burns (qui, à peine à la retraite, déclare qu'il faut faire des ouvertures plus grandes à Téhéran) » tout le monde semble s’accorder sur cette issue qui serait un retour à la position française (jusqu’en mai 2007) fixée par Jacques Chirac.

« Obama se classe parmi les moins liés à l'Europe, parmi l'ensemble du personnel politique américain. » Cela se traduira selon Adler par une relative indifférence de l’administration Obama pour l’Europe. Pourtant hier, les ministres européens des affaires étrangères réunis à Marseille ont envoyé un message commun au nouveau Président des Etats-Unis. Un message dont la substance est la volonté exprimée des européens de fonder une nouveau partenariat d’égal à égal entre l’Europe et les Etats-Unis.

Entre la voie décrite par Adler et la volonté des diplomaties européennes le choix reste à faire pour Obama mais on sait, et cela dément en partie la thèse d’Adler, que le futur président cherchera à ce que les Européens s'engagent plus, militairement, en Afghanistan s'il y augmente le niveau des forces américaines. Si l’on croit les déclarations des ministres des affaires étrangères européens, il est certain que l’Europe soutiendra la politique américaine en Afghanistan, un soutien que la politique française depuis l’élection de Nicolas Sarkozy n’enlèvera certainement pas.

Refusant d’emblée ce possible suivisme de l’Europe à l’égard du nouveau président, Dominique de Villepin met en garde les dirigeants français et européens : « Obama est séduisant, mais n'allons pas réinventer l'atlantisme ! L'Amérique n'est plus le centre de l'Occident qui n'est plus le centre du monde. Obama, défendra les intérêts de son pays, qui ne seront pas exactement les nôtres ».

En tant que français devons-nous poursuivre un combat en Afghanistan pour servir une stratégie qui jusqu'à présent a échoué, poursuivre une guerre qui a tant blessé les Afghans que même le choix d’une nouvelle stratégie plus respectueuse du peuple ne garantirait pas le succès des alliés ? Serions-nous prêts à nous engager au Pakistan sur le territoire duquel Obama n’a pas exclu de faire des frappes ciblées contre les terroristes ?

De ces questions, résulte ce choix quant à l’avenir des relations transatlantiques ; soit les nations européennes continuent de suivre naïvement les Etats-Unis et mettent un terme à toutes velléités d’indépendance ; soit les Etats-Unis et les nations d’Europe se distinguent et ces dernières réalisent qu’elles doivent devenir une réelle puissance conformément à la conception française de l’Union européenne. Pour nous français et européens, c’est cette alternative que pose la victoire d’Obama : le suivisme facile ou l’indépendance audacieuse.

30/10/2008

Le Québec se souviendra de la visite de Sarkozy

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« Sarkozy enterre de Gaulle » écrit dans le Monde l’ancien conseiller diplomatique de deux premiers ministres indépendantistes du Québec, Jean-François Lisée. Catégorique, pour lui les propos de Nicolas Sarkozy forment un tournant de la politique française à l’égard de la Belle Province. Ils marquent la fin de l’originalité de la relation franco-québécoise et sont un exemple de la méthode Sarkozy en matière internationale.

La fin de l’ambigüité


Certes, le discours du Président devant l’assemblée du Québec, grâce à l’habileté et au talent d’Henri Guaino, distinguait l’amitié franco-canadienne de la fraternité franco-québécoise et inscrivait la politique de la France dans la continuité post-gaullienne.

Mais les propos de Sarkozy (ajoutés au discours, ne figurant pas sur le texte donné aux parlementaires québécois) selon lesquels il refuse « le repliement sur soi » et affirme que l’alliance franco-québécoise se poursuivra « à condition qu'on la tourne vers l'avenir et pas vers le passé » rompent (une fois de plus !) avec la politique évidemment passéiste des successeurs du général de Gaulle.

Cette rupture a été confirmée par deux réponses faites aux questions des journalistes : « s'il y a quelqu'un qui vient me dire que le monde aujourd'hui a besoin d'une division supplémentaire, c'est qu'on n'a pas la même lecture du monde », « la France est un pays qui rassemble et non pas qui divise », ici est exprimé en termes clairs le refus de l’indépendance.

Contrairement à tous les présidents français depuis Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy n’a pas affirmé qu’il soutiendrait « le Québec dans ses choix ». En 1995, on sait que Jacques Chirac aurait reconnu le Québec si l’indépendance avait été approuvée par les Québécois, qu’en sera-t-il désormais ?

Ce soutien de la France a pourtant une importance majeure pour le Québec. La France renforce le Québec, elle est un appui puissant qui lui permet d’être écouté. Or, aujourd'hui, la position démographique du Québec au sein du Canada est en train de se réduire, le Premier ministre canadien actuel propose des réformes institutionnelles qui diminueront son poids politique dans la fédération, le moment de changer de doctrine est mal choisi.

Sarkozy n’a formulé aucun reproche au Premier ministre canadien et à son pays, dont la Constitution réduit depuis un quart de siècle l'autonomie québécoise, notamment en matière d'éducation et de langue, contre tous les gouvernements québécois successifs. Ce qui n’empêche pas le Président de déclarer que le Canada est un grand pays qui, "par son fédéralisme, a décliné un message de respect de la diversité et d'ouverture".

Sarkozy a choisi le contraire de la doctrine qui prévalait jusqu'à lors dans les relations franco-québécoises, il joint l'ingérence en défendant le fédéralisme canadien à l'indifférence vis à vis du Québec dont la volonté d'indépendance n'est le fruit que d'un repli passéiste sur lui-même.

Choqué, le journal Le Québécois, souverainiste, appelle directement à « supporter ceux qui, en France, combattent Sarkozy, afin que celui-ci soit défait aux prochaines élections et que l'on efface ce triste épisode des relations France-Québec ». Et lance un avertissement : « L'indépendance du Québec se fera avec ou sans Sarkozy, et avec ou sans la France. Si le premier nous a clairement abandonnés, [espérons] que la seconde ne le fera pas. [...] Nous pourrions faire l'indépendance sans elle, voire malgré elle, mais ce ne serait pas à son avantage. Elle doit le comprendre. »

Sarkozy a affaibli notre relation fraternelle avec les Québécois et ce dans un contexte où les indépendantistes que l’on disait perdus l’an dernier retrouvent une voix forte dans l’opinion et l’élection, il est terrible et décourageant pour eux de voir la France s’éloigner de leur engagement.

Mais au-delà de ces annonces qui ont révulsé les indépendantistes, ce voyage fut illustration de la méthode Sarkozy en matière internationale.

Selon Jean-François Lisée cette méthode est « un mélange d'impulsivité et d'opinions nourries par ses amis des milieux d'affaires. Une propension à sacrifier les équilibres stratégiques à long terme au profit du gain tactique immédiat. Car le remplacement du "Vive le Québec libre !" du général de Gaulle par le "non à la division du Canada" de Nicolas Sarkozy s'est produit alors que ce dernier tentait de convaincre le Premier ministre conservateur Stephen Harper, de se joindre à lui dans son projet de sommet mondial sur la refondation du capitalisme. C'était sa tâche du moment. Les états d'âme du Québec ne faisaient pas le poids dans la balance ».

Sarkozy ne s’est non seulement pas soucié des états d’âme du Québec pour permettre sa rencontre mondiale en novembre, il a aussi marginalisé le sommet de la Francophonie.

Pourtant celui-ci avait une double importance. D’abord, il aurait permis, dans la crise, que soient entendues et portées les craintes et les attentes des pays du Sud largement représentés dans l’Organisation francophone. Ce sont eux qui sont le plus touchés par la crise actuelle, j’évoquerai plus tard notre nécessaire soutien aux pays les moins développés. Le deuxième enjeu de ce sommet était évidemment la langue française, on ne peut que regretter le manque d’intérêt que porte pour elle le président, nous avons de nombreuses possibilités pour donner une réelle ambition à la francophonie, qui pourrait prendre la forme d’une confédération d’Etats parlant d’une même voix, la France contrairement à ce que déclarait François Fillon doit en être « la locomotive », si elle ne l’est pas, qui le sera ? On remarque le même manque de vision et d’ambition que l’on retrouve en politique intérieure.

De la visite aux québécois et de la participation au sommet de la Francophonie ne ressortent finalement que l’abandon du Québec et l’opportunisme, l’incohérence diplomatiques du président.

22/10/2008

L’indécence des libéraux

L'aide des États doit rester temporaire, pour les patrons du G8

L’échec du capitalisme financier n’a pas convaincu ses plus farouches défenseurs que le moment était venu de revoir leurs conceptions. Organisée par la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, la réunion des responsables patronaux français, américains, italiens, allemands et anglais en fut, vendredi dernier, une illustration.

Le message est éclatant, l’internationale patronale apporte un soutien «marqué et sans réserve» aux différents plans au niveau européen ou américain pour soutenir les banques et souhaite leur mise en œuvre la plus rapide mais le rôle de l'État doit rester «temporaire ». Les Etats doivent donc s’effacer après avoir épongé les risques inconsidérés et les erreurs de gestion des spéculateurs.

Non satisfaits de cette sommation, les dirigeants du patronat exigent des pouvoirs publics qu’ils conduisent des politiques économiques qui permettent un retour rapide à la croissance : «En évitant tout prélèvement nouveau sur les entreprises», en rejetant «toute mesure protectionniste» et en demandant à l'État «de ne pas maintenir son intervention dans l'économie plus longtemps que ne l'exigent les circonstances exceptionnelles ».

De cette rencontre ne sont issues que ces revendications, accompagnées de l’annonce d’une rencontre future où les patrons feront eux-mêmes des propositions précises pour « penser l'évolution » du système financier international. Ces propositions concerneraient : les agences de notation (dont la crise a montré l’inutilité), la transparence (vulgate néo-classique impossible à concrétiser), et surtout régulation du système des stocks option et des parachutes dorés.

Evoquons plus longuement cette dernière proposition de proposition, la nommer ainsi suffirait à la décrédibiliser si ce qu’elle recouvrait n’était pas plus ridicule. Il s’agirait simplement de montrer la bonne volonté des dirigeants d’entreprise qui renonceraient à obtenir des parachutes dorés trop importants. Cet accord verbal ne serait évidemment contrôlé par rien ni personne et surtout pas par l’Etat dont l’intervention serait une fois de plus anxiogène !

« Voila que ceux qui ont tout fait, depuis vingt ans, pour faire reculer l'Etat, déréguler, et dénationaliser » sont aujourd'hui ceux qui supplient les Etats de les assister et imposent sa disparition après la crise, déplorait récemment le député UMP, Bernard Carayon. Cette critique qui visait justement les patrons des patrons réunis à Paris, ne peut exclure les intellectuels et les hommes politiques libéraux qui continuent de défendre fièrement ce qui a failli.

Philippe Manière et Alain Madelin se sont récemment distingués, le premier en laissant le soin au capitalisme lui-même de se réinventer et le second en accusant l’Etat d’être responsable de la crise, les deux en défendant le rôle strictement temporaire de l’Etat puis son effacement. Partout la même suffisance, la même constance dans l’erreur alors qu’un seul chiffre paru hier peut convaincre le citoyen honnête de la nécessité de changer de voie : cette année, dans le monde, 20 millions de personnes supplémentaires seront au chômage. Comment croire en la main invisible et salvatrice du marché quand celle-ci mène à cette situation ?

Jacques Chirac répond à cela dans un récent entretien donné à un journal japonais, pour lui, « le libéralisme dans sa forme la plus débridée est une idéologie aussi périmée que le marxisme. On ne construit rien de durable sans règle et sans solidarité. Ce qui se passe en ce moment est un signal d’alarme. On se rend compte que l’on est allé trop loin, sans pudeur, sans retenue. Alors évidemment, il faut parer au plus pressé mais dans le même temps, il faut aller plus loin que les seules mesures d’urgence conjoncturelles. Là encore, il faut faire un effort d’imagination et inventer un capitalisme vraiment social. Le temps est venu, sans naïveté ni langue de bois, des investissements socialement responsables. Tout le monde y gagnera, et d’abord les entreprises. »

On ne peut que saluer la clairvoyance de l’ancien chef de l’Etat qui a toujours condamné le libéralisme économique dans sa forme la plus déchainée. La crise est la confirmation de la hauteur de vue de celui que les libéraux ultra, français et étrangers, décrivaient comme un conservateur frileux n’ayant pas suffisamment libéralisé le pays.

Jacques Chirac confiait à Pierre Péan (L’Inconnu de l’Elysée, Fayard, 2007) dans des termes proches de ceux du général de Gaulle : « je suis convaincu que le libéralisme est voué au même échec que le communisme et qu'il conduira aux mêmes excès. L'un comme l'autre sont des perversions de la pensée humaine". L’indécence des libéraux nous en donne aujourd’hui une confirmation.

16/10/2008

Crise : répondre à Besancenot

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Le mois dernier, Olivier Besancenot, porte-parole de la LCR, était considéré, par les Français, comme le premier opposant à la politique de la majorité. Ce résultat peut paraitre inquiétant, dans le Figaro, Alexandre Adler évoquait même la montée d’un social fascisme dans le monde, fondé sur la haine du capitalisme et du juif, dont Besancenot est l’incarnation en France. Sans aller jusque-là, le succès de Besancenot peut s’il se confirme et se concrétise dans le vote bouleverser notre système politique.

Dans la crise économique, la dénonciation du capitalisme, des scandales qui l’entourent et surtout les nécessaires mais injustes réponses qui consistent à sauver ceux qui ont failli sont autant d’éléments qui favorisent l’extrême-gauche. Celle-ci semble devenir le prophète ayant prévu l’échec de l’ultralibéralisme et apparaitre comme la seule force contestant le système sous la bannière de l’anticapitalisme.

Depuis la Libération, une force tribunicienne a toujours porté les inquiétudes des oubliés du système et de ses opposants, qu’il s’agisse du Parti Communiste ou du Front National, le mouvement anticapitaliste pourrait leur succéder si une réponse forte n’est pas donnée au bouleversement que nous vivons.

Cette réplique républicaine est urgente car malgré une image médiatique sympathique Besancenot et son succès représentent plusieurs risques.

En affirmant son soutien à l’ancien membre d’Action Directe, assassin de Georges Besse, qui ne renie rien de son passé, Jean-Pierre Rouillan, Besancenot laisse apparaitre la réalité de son idéologie. Cette complaisance à l’égard du terrorisme politique est intimement liée à l’antisocialisme de Besancenot et de son mouvement. Quand Action Directe assassinait les serviteurs de l’Etat, Besancenot dénonçait les trahisons du mitterrandisme, ce refus de se compromettre avec le PS, les sociaux traitres, de refuser de gouverner, en s’enfermant dans une pureté idéologique est une ligne directrice du futur NPA.

Dans un article dédié au leader révolutionnaire, Renaud Dély de Marianne, évoque deux faits récents illustrant cette dimension sectaire de l’extrême gauche conforme à la stratégie antisocialiste du NPA : d’abord l’intégration du mouvement « l’Etincelle », comptant 50 membres voulant en découdre avec le PS, parti « au service de l’ordre capitaliste », et « ses appendices de gauche » ainsi qu’avec « toutes les bureaucraties syndicales qui entravent les luttes » ; puis les récents propos de Daniel Bensaïd, philosophe et dirigeant de la LCR répondant à Clémentine Autain, choquée par le soutien à Rouillan, : "avant de l’accueillir dans nos rangs, il faudra qu’elle clarifie bien l’idée que la cogestion de la mairie de Paris avec les socialistes c’est fini !"

Ces deux anecdotes révèlent l’identité politique d’un mouvement qui refuse obstinément de s’allier aux autres forces de gauche, qui exclut de devenir un mouvement proche du Die Linke allemand, dont la doctrine ne se limite pas à une dénonciation de l’Etat policier aux cotés des vétérans de la bande à Baader.

La menace du NPA vient aussi de sa conception de la République, Besancenot n’a jamais caché sa proximité avec les Indigènes de la République, mouvement ayant une vision ethniciste de la nation française et déterminé à faire payer à la France son passé colonial en liguant les Français issus des « colonies » contre les « souchiens . Ce rapprochement entre trotskystes et multiculturalistes serait le moyen de prolonger la lutte des classes par la lutte des races afin d’abattre la République bourgeoise.

Pourtant la diabolisation de ce courant politique est la dernière des choses à faire, il faut analyser et montrer ce que sont les risques de Besancenot mais en refusant d’en faire l’incarnation du mal absolu, comme on a pu le faire avec le FN, l’essentiel est ailleurs.

Laurent Fabius disait justement du FN qu’il posait les bonnes questions mais donnait les mauvaises réponses. L’essentiel, ici, ce sont les bonnes réponses des mouvements républicains aux bonnes questions que se posent ceux qui sont attirés par ce vote contestataire.

Le comportement du PS peut en partie expliquer cette adhésion par rejet au nouveau mouvement, mais la montée de l’extrême gauche dépasse largement le simple rôle du PS. La question que se posent les électeurs déboussolés c’est celle du politique, du pouvoir politique et de sa capacité à peser sur le cours des choses.

Finalement le succès de cette force de contestation dépend de la façon dont nous sortirons de la crise actuelle. Soit et ce que l’on peut craindre, on se contente de sauver les banques, d’édicter quelques nouvelles règles assainissant partiellement le système soit l’on crée un nouveau capitalisme fondé sur le primat du politique.

Comme l’écrivait Nicolas Dupont-Aignan, hier : «Il nous faut inventer un nouveau keynésianisme, un nouveau système économique où la demande équilibre l’offre, où les montagnes d’argent fictif de l’économie-casino, amassées sur le dos des peuples, cèdent la place à un développement durable, fondé sur des taux de rentabilité raisonnable, la juste rémunération des salariés, des investissements de long terme, l’intervention étatique permanente pour tenir la dragée haute au marché et la permanence des services publics. »

« Cela impliquerait un bouleversement profond de la construction européenne actuelle. Mais les dirigeants européens si prompts à se réunir pour sauver la mise des banquiers, seront-ils capables d’imposer à la Banque Centrale européenne et à la Commission une révision radicale de leurs politiques ? Telle est la question centrale des prochains mois. Changer le statut de la Banque centrale européenne pour y introduire un objectif de croissance économique, lancer un programme de grands travaux financé par la Banque européenne d’investissement (celui annoncé, d’un montant de 30 milliards d’euros, sera insuffisant), rétablir la préférence communautaire pour sauver nos emplois, investir dans la science et l’industrie pour préparer la compétition mondiale du XXIème siècle. Voilà les enjeux clés. »

Cette refondation de l’Europe qui redonnera son rôle au politique nous permettra d’éviter la radicalisation d’une partie des français, cette refondation seul Nicolas Dupont-Aignan la défend. L’édification d’un mouvement gaulliste, républicain et populaire promouvant cette refondation, évitant à la fois l’impasse de la pensée unique (pas seulement dans les discours !) et le piège de l’extrémisme est le gage du renouveau du politique et la garantie de l’unité nationale.

14/10/2008

Sauver les banques c'est bien, sauver l'emploi et le pouvoir d'achat c'est mieux !

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Par Nicolas Dupont-Aignan

En se réunissant dimanche, les dirigeants de la zone euro ont enfin adressé un message fort au marché financier. De manière assez habile, ils ont présenté leur plan comme une grande victoire de l’Europe.

Il s’agit plus exactement de la victoire de la coopération entre les Etats Nations, dans la lignée des succès d’Airbus et d’Ariane. Preuve, s’il en était besoin, que lorsque l’essentiel est en jeu, les Etats redeviennent maîtres du jeu et font fi des chimères de l’Europe supranationale.

La Banque Centrale européenne et la Commission ont d’ailleurs été désavouées de fait sur la gestion des déficits. Pour autant, ces deux institutions, dont la responsabilité dans la crise financière et économique est immense, n’ont pas dit leur dernier mot. Elles font le gros dos mais n’ont rien abandonné de leurs idées fausses. Ne nous racontons pas d’histoires : tous leurs dogmes (monétaire, concurrentiel, libre échangiste,…), que Nicolas Sarkozy avait d’ailleurs étrillés lors de son discours de Toulon, ont en réalité été mis au congélateur et en ressortiront à la première occasion.

C’est bien là toute l’ambigüité de ce plan de sauvetage. On aide de manière considérable les banques, mais où sont les contreparties ? Rien sur les paradis fiscaux, rien sur les hedge funds, peu sur l’encadrement des rémunérations, presque rien sur la régulation effective des mécanismes de l’économie-casino !

Et pourtant, le Parlement européen a voté à la quasi unanimité une réglementation stricte de ces fonds réglementés. La Commission de Bruxelles, la refusant de toutes ses forces par pure idéologie, a fait capoter ce projet.

Cette faiblesse morale (cette complaisance ?) des dirigeants européens à l’égard du système est avant tout une faute économique car, comme l’a dit très bien Joseph Stiglitz, prix Nobel d’économie, « une transfusion sanguine ne sert à rien si on ne guérit pas l’hémorragie interne ».

Plus grave encore, les dirigeants européens prennent les citoyens pour des imbéciles. Comment peuvent-ils décemment nous expliquer que leur plan d’action ne coûtera rien aux contribuables ? Et comment osent-ils refuser tout plan de relance pour l’économie réelle ?

En vérité, ils sont capables d’investir des dizaines de milliards d’euros pour sauver le système bancaire sans vraiment le réformer, mais rechignent toujours autant à dégager un milliard pour la protection de l’environnement, la santé ou l’industrie. Ce raisonnement est intenable. Il ne fera qu’alimenter la colère des peuples, leur sentiment d’injustice et surtout n’empêchera pas la récession.

C’est pourquoi je persiste à penser que ce plan de sauvetage, s’il est nécessaire pour éviter un effondrement bancaire qui serait catastrophique pour tous, doit s’accompagner d’une part de la moralisation du système, et d’autre part de la relance de l’économie réelle.

La « relance » à laquelle je songe est de deux ordres : conjoncturelle, pour rendre tout de suite du tonus aux économies du vieux continent, un peu comme on donne des vitamines et du glucose à un grand malade pour lui donner un coup de fouet. Mais aussi, et surtout, structurelle : il nous faut inventer un nouveau keynésianisme européen, un nouveau système économique où la demande équilibre l’offre, où les montagnes d’argent fictif de l’économie-casino, amassées sur le dos des peuples, cèdent la place à un développement durable, fondé sur des taux de rentabilité raisonnable, la juste rémunération des salariés, des investissements de long terme, l’intervention étatique permanente pour tenir la dragée haute au marché, la permanence des services publics, etc.

Cela impliquerait un bouleversement profond de la construction européenne actuelle. Mais les dirigeants européens si prompts à se réunir pour sauver la mise des banquiers, seront-ils capables d’imposer à la Banque Centrale européenne et à la Commission une révision radicale de leurs politiques ? Telle est la question centrale des prochains mois.

Changer le statut de la Banque centrale européenne pour y introduire un objectif de croissance économique, lancer un programme de grands travaux financé par la Banque européenne d’investissement (celui annoncé, d’un montant de 30 milliards d’euros, sera insuffisant), rétablir la préférence communautaire pour sauver nos emplois, investir dans la science et l’industrie pour préparer la compétition mondiale du XXIème siècle,… voilà les enjeux clés.

Car la crise financière, ne l’oublions jamais, n’est que la partie émergée de l’iceberg d’une mondialisation inhumaine que nous avons tous le devoir, plus que jamais, de maîtriser.